3 Conseils pour la Compression au Mastering

On vous a dit qu’il fallait mettre un compresseur sur votre piste lors du mastering, mais vous ne savez pas comment le régler ?

Tout va bien, vous êtes arrivé(e) au bon endroit ! 🙂

En effet, s’il est vrai que compresser le mix est l’une des étapes usuelles du mastering, de mauvais réglages peuvent vraiment nuire au morceau d’une façon insoupçonnée.

Un compresseur dédié au mastering
Zoom sur une partie du compresseur Shadow Hills Mastering Compressor de Plugin Alliance, efficace mais pas le plus simple à régler…

Ainsi, en réglant de façon incorrecte vos plugins, vous pouvez par exemple :

  • ajouter de la distorsion au signal audio ;
  • créer un effet de pumping (« pompage ») qui, suivant le genre musical, peut être particulièrement inadapté ;
  • écraser complètement la dynamique du morceau, ce qui aurait pour effet de le rendre plat et terne ;
  • rendre le master brouillon en sur-compressant les aigus ;
  • etc.

A travers cet article, voici donc quelques conseils pour vous éviter les principaux écueils de la compression pour le mastering audio.

Pourquoi compresser lors du mastering ?

La première question à se poser lorsque l’on souhaite utiliser un compresseur durant le mastering, c’est :

« Pourquoi ? »

Pourquoi avez-vous besoin de compression ?

Si c’est simplement parce que vous l’avez lu sur un forum ou un groupe Facebook, c’est sans doute une mauvaise idée : comment allez-vous régler votre plugin ?

Il est assez courant qu’un master n’ait tout simplement pas besoin de compression : peut-être le mix a-t-il déjà été compressé fortement et sa plage dynamique est donc réduite, ou bien le style musical ne s’y prête pas.

Ceci dit, bien souvent, utiliser un compresseur lors du mastering est quelque chose d’inévitable — mais qu’il faut par contre dissocier complètement de l’utilisation du limiteur, qui n’a rien à voir (je parle bien de mastering ici, et non pas de mixage).

Ce qui nous amène donc à la question du début : pourquoi compresser ?

Je pense que l’une des choses sur lesquelles on doit se concentrer lorsque l’on apprend à utiliser la compression efficacement, c’est « Est-ce que ça rend la musique plus agréable ? »

Jonathan Wyner (David Bowie, Bruce Springsteen…) à propos de la compression durant le mastering

En mastering, il y a potentiellement plusieurs réponses possibles, qui vont différer suivant le style de musique et l’attitude que vous souhaitez donner au mix. Ainsi, peut-être souhaitez-vous :

  • ajouter du punch pour renforcer la rythmique du morceau ;
  • diminuer la plage dynamique pour avoir un son plus dense, plus « in your face » ;
  • ajouter de la glue sonore en renforçant la cohésion des instruments ;
  • ou encore contrôler les crêtes du signal sur un premier niveau pour pouvoir taper un peu plus fort dans votre limiteur.

Bref, pas mal de possibilités différentes.

Avant d’ajouter un compresseur sur votre piste master, il est donc essentiel que vous définissiez un objectif, une direction sonore que votre compresseur va vous aider à atteindre.

Avec quel plugin faut-il compresser lors du mastering ?

A nouveau, la question est beaucoup plus importante qu’elle peut le sembler.

(A noter : je parle de plugins, mais c’est la même chose si vous souhaitez compresser avec un compresseur hardware.)

Si vous débutez…

Si vous débutez dans le mastering, je vous recommande d’utiliser en premier lieu les plugins de base inclus dans votre DAW.

Certains logiciels intègrent d’ailleurs des compresseurs orientés mastering, comme Ableton Live avec le Glue Compressor :

Le Glue Compressor d'Ableton Live

De même, assurez-vous de maîtriser les réglages de la compression. Si vous ne connaissez pas bien les concepts d’attaque ou de release, il est inutile de prendre le risque de détruire un mix avec la compression.

Les compresseurs sonnent tous différemment

Maintenant que l’on a dit cela, il faut tout de même prendre en compte le fait que le choix du plugin de compression va influencer le son. Surtout pour le mastering, puisque vous allez compresser la totalité du mix et donc affecter le morceau dans sa globalité.

Certains plugins vont être très transparents, tandis que d’autres vont être plus colorés, plus punchy…

Voici un exemple assez marqué de l’utilisation de différents compresseurs sur un morceau de Magma Opus intitulé « 11 After Hours » (FacebookBandcamp) :

Impressionnant, non ?

Si toutefois vous avez du mal à entendre les différences (parce que vous n’êtes pas encore 100% à l’aise avec la compression peut-être), faites par exemple attention :

  • à l’attitude des coups de batterie (grosse caisse, caisse claire…) ;
  • à la façon dont le mix respire entre ces principaux coups de batterie ;
  • à l’impact sur la répartition en fréquences de chaque compresseur ;
  • ou encore à l’influence de chaque type de compresseur sur l’image stéréo, qui est plus ou moins large.

Les réglages ici sont volontairement extrêmes, mais quelle version préférez-vous ?

D’un lecteur à un autre, la réponse ne sera pas nécessairement la même… 🙂

Quoi qu’il en soit, la différence entre tous ces compresseurs est audible, aussi choisir le bon plugin est crucial — mais il faut toujours faire ce choix en fonction de votre objectif de compression et du style de la musique.

Si vous souhaitez contrôler uniquement les crêtes du signal, il est probable que vous utilisez un compresseur assez rapide type FET ou VCA.

Par contre, si le but (et c’est d’ailleurs le plus courant en mastering) est de niveler un peu la piste en ajoutant de la glue sonore et en apportant de la cohésion aux instruments, alors un compresseur un peu plus lent type opto ou vari-mu sera sans doute plus indiqué.

A partir de là, à vous de tester plusieurs options pour voir quel compresseur vous semble le plus efficace.

Quelques exemples de plugins

Pour vous guider un peu, voici cependant quelques suggestions de compresseurs que j’utilise moi-même (jetez aussi un œil, au passage, à ma sélection de plugins pour le mastering).

Overloud Comp G

Le compresseur de mastering Comp G

Basé sur un célèbre compresseur de buss SSL, le Comp G d’Overloud est vraiment facile à régler.

Attention toutefois à ne pas le pousser trop, car au-delà de 4 dB de réduction de gain (GR), il devient très audible….

Pour plus d’infos, rendez-vous sur ma review de ce plugin.

TDR Kotelnikov

Le compresseur de mastering TDR Kotelnikov

Si vous avez besoin d’un compresseur de mastering gratuit, c’est celui-ci qu’il vous faut.

En plus de proposer un super son, Kotelnikov intègre un double algorithme de compression permettant de cibler à la fois les crêtes (peak) mais aussi de contrôler le niveau global perçu (RMS).

A noter qu’il existe aussi une version « Gentleman’s Edition », payante mais qui intègre encore plus de fonctionnalité.

Pour tester ce plugin, rendez-vous sur le site officiel.

Pulsar Audio Mu

Le compresseur de mastering Mu de Pulsar Audio

Enfin, dernière suggestion (il y en a vraiment plein d’autres que je pourrais faire, mais je préfère donner quelques idées plutôt que vous noyer sous des tonnes de plugins), Mu de la marque française Pulsar Audio.

Basé sur un compresseur hardware particulièrement onéreux (Manley Labs Stereo Variable Mu), ce plugin vous aidera à donner de la cohésion et du punch à votre mix, avec une vraie sensation analogique.

Rendez-vous sur ma review de Mu pour plus d’infos…

Comment régler un compresseur pour le mastering ?

Selon l’objectif que vous voulez atteindre avec votre compresseur et suivant le morceau dont vous faites le mastering, les réglages que vous allez appliquer n’auront rien à voir.

Impossible, donc, de donner un réglage unique, magique, qui irait à tous les morceaux et à tous les genres de musique.

Clairement, je vous mentirais si je vous faisais croire que cela existait…

Le combo Attaque & Release

Si votre objectif est de mieux maîtriser les crêtes du signal, par exemple en prévision du limiteur qui viendra après dans votre chaîne mastering, alors je vous conseille de viser :

  • une attaque rapide voire très rapide ;
  • un release rapide (pour que la compression s’arrête juste après les transitoires) ;
  • et un seuil (threshold) suffisamment élevé pour ne capter que les crêtes et éviter d’altérer trop le reste du signal.

Par contre, pour niveler le morceau et gagner en cohésion, il sera courant d’avoir :

  • une attaque lente (pour laisser passer les crêtes)
  • un release rapide à moyen (de 200 à 600 ms disons)
  • et un threshold un peu plus bas que précédemment.

La combinaison de l’attaque et du release est décisive pour le succès de l’opération.

Par exemple, si votre release est vraiment trop rapide, vous allez avoir un phénomène de pumping qui rendra la compression beaucoup trop audible, beaucoup trop apparente.

A l’inverse, si le release est trop lent, le mix perdra en dynamique et sera écrasé.

Pas terrible.

Une bonne approche consiste à régler le release pour que le compresseur revienne presque (mais pas totalement) à zéro avant chaque temps.

Pas besoin de sortir la calculatrice ceci dit : réglez simplement le release de votre compresseur jusqu’au moment où le mix semble le plus agréable — et voilà, vous avez trouvé le sweet spot.

Le ratio

Bien maîtriser les paramètres temporels du compresseur est essentiel en mastering, mais choisir un bon ratio l’est tout autant.

Typiquement, pour le mastering, on va utiliser des ratios très faibles, entre 1.2:1 et 2:1.

Surtout si le but est d’ajouter de la glue sonore, je vous conseille en effet de partir sur ce type de valeurs et d’éviter en même temps que la réduction de gain ne soit trop forte.

Si vous dépassez les 2 ou 3 décibels de GR, c’est sans doute qu’il y a un problème quelque part..

Si cela vous surprend, rappelez-vous que normalement les instruments et les différents buss (groupes) du mix ont déjà été compressés individuellement.

Du coup, la compression lors du mastering ne sert normalement qu’à ajouter une dernière couche de vernis — et n’a donc pas pour but de remplacer l’étape de mixage.

Les tests avant/après

Pour moi, un bon mastering doit rester subtil.

Aussi, n’oubliez pas de vérifier régulièrement que les réglages que vous faites sur votre compresseur ne nuisent pas au morceau : faites des tests avant/après compression régulièrement en gardant un œil sur le niveau de Gain Reduction (GR).

Cela vous permettra d’éviter d’aller trop loin dans le traitement que vous appliquerez sur votre master.

En conclusion

Pour résumer, voici les trois choses à faire lorsque vous souhaitez utiliser de la compression lors du mastering :

  1. Se poser la question de l’objectif : « Pourquoi ai-je besoin de compresser ce morceau ? » ;
  2. Choisir le bon plugin suivant que vous ayez besoin d’un compresseur rapide ou non, transparent ou coloré ;
  3. Régler le compresseur en faisant attention au niveau de réduction de gain et en prenant en compte l’objectif défini à l’étape #1.

Et c’est aussi simple que ça.

Une grande partie des choix que vous allez faire sont en effet liés à votre feeling par rapport à ce que vous entendez : il n’y a pas de règle absolue, et parfois on peut même se passer d’ajouter de la compression durant le mastering ! 🙂

Si vous avez des questions sur le sujet, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous, je réponds à tout le monde.

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