5 Compresseurs Audio Analogiques à Connaître Absolument !

A part peut-être les préamplis, il n’y a sans doute rien de mieux qu’un compresseur analogique pour apporter la chaleur et le caractère du traitement analogique à un mix.

Du moins, un bon compresseur analogique.

Parce que s’il existe de nombreux modèles différents, tous ne sont pas à la hauteur.

D’ailleurs, si vous êtes à la recherche d’un compresseur hardware mais que votre budget est très faible, je vous recommande plutôt de vous orienter vers un bon plugin comme le Novatron de Kush Audio : vous aurez un bien meilleur son à votre disposition.

Quoique… nos amis de chez FMR Audio vont me faire mentir, leur Really Nice Compressor (RNC) faisant plutôt référence en (home) studio puisqu’il offre un son excellent à un prix très faible.

Mais d’une façon générale, il faut bien avouer que certains compresseurs ressortent du lot. Du moins, certains compresseurs vintages — c’est-à-dire du matériel conçu dans les années 60 et qui, aujourd’hui encore, est considéré comme une valeur sûre.

Le problème, c’est qu’ils sont souvent assez chers.

Alors, pour cet article, j’ai décidé de vous présenter ces modèles incontournables de compresseurs et de vous indiquer le type d’application sur lequel ils excellent (sous réserve que vous maîtrisiez bien sûr les bases de la compression audio), mais en recommandant un certain nombre de clones hardwares ainsi que de simulations au format plugin.

Ainsi, que vous soyez à la recherche de matériel en dur pour votre studio ou bien de VST, vous trouverez tout ce qu’il vous faut 🙂 !

1. Urei 1176

Compresseur Analogique 1176
Réédition Universal Audio du Urei 1176

Ah, le 1176… !

Clairement un des compresseurs les plus célèbres jamais créés.

Conçu en 1967 par Bill Putnam, il propose un circuit de réduction de gain basé sur des transistors JFET permettant d’accéder à un réglage d’attaque extrêmement rapide (de 20 µs à 800 µs), tandis que le release est quant à lui compris entre 50 ms et 1100 ms.

Agissant en configuration feedback (le circuit de détection du niveau est situé après l’amplificateur qui effectue la compression), le 1176 se caractérise par un certain nombre de ratios fixes accessibles via des boutons à pousser : 4:1, 8:1, 12:1 et 20:1.

Ce qui est amusant, c’est que bien que ces options de ratio soient avant tout pensées pour travailler de manière indépendante, il est possible d’appuyer sur tous les boutons en même temps.

Cela a pour effet d’engendrer un nouveau type de compression parfois surnommé « All Button » ou « British Mode » : l’attaque et le release se voient modifiés et le signal gagne en saturation en raison d’une courbe de compression beaucoup plus agressive.

Typiquement, ce genre d’effet est particulièrement efficace sur la batterie — mais attention à l’utiliser avec modération 🙂

Ce n’est pas surprenant, d’ailleurs, puisque le 1176 excelle pour la compression de pistes de percussions. En effet, son attaque ultra rapide offre un contrôle optimal sur les transitoires.

Il reste toutefois possible de l’utiliser pour de nombreuses autres applications. Je pense bien sûr aux voix, mais aussi à la basse ou bien aux guitares électriques.

A noter au passage qu’il existe pas moins de 9 versions différentes du 1176 ayant été commercialisées par Urei, si l’on exclut la dernière reproduction « officielle » d’Universal Audio.

Clones (hardware)

Plugins (software)

2. Teletronix LA-2A

Compresseur Analogique LA-2A
Réédition Universal Audio du Teletronix LA-2A

Très souvent mentionné en lien avec le 1176, le LA-2A est un incontournable absolu en studio.

Inventé par Jim Lawrence en 1958 avec pour objectif de permettre la compression de signal dans le cadre de radiodiffusion, le LA-2A fut d’abord produit par Teletronix avant que la marque ne soit rachetée par Urei.

Bien qu’il s’agisse d’un compresseur dit à lampes, la compression en elle-même est assurée par un circuit opto-électrique tandis que les lampes ne sont utilisées que dans le circuit d’amplification.

Je m’explique :

Les LA-2A incluent une « cellule T4 ». Cette cellule correspond à un panneau électroluminescent couplé à une résistance sensible à la lumière.

En fonction du niveau du signal, le panneau s’allume ou s’éteint. Et ce sont ces variations qui génèrent l’effet de compression que l’on entend.

Je n’enregistre jamais une basse sans LA-2A, et je n’enregistre jamais une batterie sans un 1176

Billy Bush (Garbage, The Naked and Famous, Muse...)

Bien sûr, comme on peut s’y attendre sur ce type de circuit de compression, le LA-2A est un compresseur dit « program-dependant ». C’est-à-dire que les paramètres d’attaque, de ratio et de release vont varier en fonction des variations du signal d’entrée. Dit autrement, ce compresseur analogique ne va pas réagir de la même façon à un transitoire ou à un signal long et continu, même si ceux-ci sont de même niveau.

Pour donner toutefois des valeurs approximatives, l’attaque est en moyenne de 10ms, tandis que le release (à plusieurs niveaux) peut durer de 0,5 à 15 secondes.!! 😮

En termes d’utilisation, j’aurais tendance à vous recommander ce type de compresseur avant tout sur les voix (et pourquoi pas en combinaison avec le 1176 mentionné plus haut) ainsi que sur la guitare basse.

Il possède en effet une capacité à réchauffer le son tout en nivelant les variations du signal de manière harmonieuse — le tout, même avec des niveaux de réduction de gain élevés.

Clones (hardware)

Plugins (software)

3. dbx 160

Le DBX 160

Le DBX 160 est le tout premier modèle conçu par la marque dbx (dont le nom signifie decibel expansion — si vous ne saviez pas).

Produit à partir de 1976, il s’agit d’un compresseur/limiteur très performant utilisant une technologie brevetée basée sur un VCA (Amplificateur commandé en tension) et un détecteur de niveau RMS (alors que de nombreux autres compresseurs travaillent par rapport au niveau de crête).

Au delà du vu-mètre, qui lui a donné son surnom de dbx 160VU pour aider à le différencier des autres modèles existants, il se caractérise par des réglages simples et plutôt faciles à contrôler.

Il n’y a en effet que le Threshold, le Ratio (1:1 à 120:1) et le gain de sortie qui puissent être ajustés.

Par ailleurs, s’il s’agit d’un compresseur mono, il est possible de relier deux dbx 160 entre eux pour travailler en stéréo.

En termes de son, on retrouve quelque chose qui est très différent des LA-2A et 1176 présentés avant, sans doute puisque la topologie du circuit de compression est de type feed-forward, ce qui a pour effet de réduire la quantité de distorsion. La compression en elle-même, reconnaissable à l’oreille, reste donc relativement propre mais on a tout de même tendance à gagner une certaine coloration (dans les médiums en particulier).

Malheureusement, le dbx 160 n’est pas du tout ce que j’appellerais un appareil polyvalent. Rien à voir avec un 1176 que l’on peut placer sur n’importe quelle piste.

Ici, on est sur un compresseur qui va avoir deux grandes utilisations :

  • la batterie, sur laquelle il excelle pour ajouter du punch de façon très reconnaissable ;
  • et la guitare basse, dont il peut facile renforcer le corps pour obtenir un son plus épais, qui ressort beaucoup mieux dans le mix.

La marque dbx a été revendue depuis au groupe Harman, mais de nombreux compresseurs estampillés dbx 160 ou avec des numéros similaires sont toujours produits.

Sur ce point, je souhaiterais vous « mettre en garde » si vous hésitez à acheter l’un de ces nouveaux modèles : certains sont très efficaces, et d’autres beaucoup moins. En fait, bien que la numérotation semble similaire, les circuits n’ont pas grand chose à voir avec le dbx 160VU d’origine. Ne croyez donc pas que vous êtes en train d’acheter une réédition : ce n’est pas le cas 🙂

D’ailleurs, à ma connaissance, il n’existe pas non plus de kit DIY à monter soi-même, car les VCA utilisés étaient fabriqués spécifiquement pour les appareils dbx. Ils sont donc rares et cloner le dbx 160 s’avère ainsi être une tâche ardue.

Je ne vous recommanderai donc que des plugins simulant ce compresseur 🙂 :

Plugins (software)

4. Fairchild 670

Un compresseur Fairchild 670
Un compresseur Fairchild 670 (photo modifiée d’après Mac Morrison)

Le Fairchild 670, c’est un peu le monstre de cette liste.

C’est vrai : 11 transformateurs, 20 lampes, 2 inducteurs… la bête pèse 30 kilogrammes et fait 6 unités rack de hauteur (6U).

On est clairement sur quelque chose qui sort du commun — même si la plupart des transformateurs ne sont en réalité pas directement sur le chemin du signal audio et servent plutôt à gérer les hauts voltages qui passent dans le circuit.

Le Fairchild 670 est une dérivation stéréo du compresseur mono Fairchild 660, dont la conception remonte au début des années 50.

A cette époque, Rein Narma, jeune ingénieur estonien ayant émigré aux Etats-Unis et qui fabrique des consoles de mixages pour des gens comme Les Paul, conçoit un appareil très différent de ce qui existe sur le marché.

Il revend la licence de production à la Fairchild Recording Equipment Company, créée par Sherman Fairchild, ce qui permet la naissance successive du 660 (plutôt pensé pour le broadcast, semble-t-il) et du 670 (orienté mastering pour la gravure de disques, puisqu’il peut travailler aussi bien en stéréo qu’en mode mid-side, grâce à une matrice séparant les signaux.).

Le Fairchild est ma glue sonore, tout sonne bien avec.

Tony Visconti (David Bowie, T-Rex...)

Son utilisation par Geoff Emerick sur la plupart des albums des Beatles le suggère : le Fairchild 670 sonne très bien, et ce sur toutes sortes de sources auxquelles il apporte un caractère particulier.

Cette polyvalence est notamment liée aux différents réglages d’attaque et de release disponibles, certains étant même program-dependants (cf. explications plus haut).

Bien sûr, on peut l’utiliser pour compresser des buss stéréo, mais il se révèle être tout aussi efficace sur les pistes individuelles : voix, batterie, piano…

Le problème, c’est que très peu de Fairchild 670 furent produits, ce qui rend l’appareil particulièrement rare — et son prix particulièrement élevé : 40 à 50 000 € !

Heureusement, il existe quelques rééditions plus abordables au format hardware, ainsi que des simulations plugins qui jouent très bien leur rôle 🙂 :

Clones (hardware)

Plugins (software)

5. SSL Quad Compressor

Le Quad Comp de SSL
© Joel Hamilton – Avec son aimable autorisation

Enfin, petit dernier de cette liste mais tout aussi célèbre que les compresseurs dont je vous ai parlé plus haut, le Quad Compressor de Solid State Logic.

Il s’agit d’un compresseur stéréo basé sur un VCA que l’on retrouve dans toutes les consoles SSL 4000G (bien qu’aujourd’hui il soit également décliné au format rack). Le principe de fonctionnement est assez simple, dans la mesure où le voltage du signal d’input déclenche un amplificateur permettant d’ajuster le gain de sortie.

Clairement, ce compresseur est célèbre pour une seule chose : la compression de buss / de master.

C’est-à-dire de groupes de pistes.

Exit la compression de pistes individuelles : dans certains cas, ça peut bien sûr passer, mais ce n’est clairement pas là qu’il excelle.

En effet, il est capable d’ajouter énormément de glue sonore — donc d’apporter une vraie cohésion au mix. En quelques réglages rapides, il est ainsi possible de lier les différentes pistes tout en ajoutant du punch, notamment via un comportement intéressant dans les basses.

Si bien sûr différents types de réglages sont applicables, il existe une séquence de « réglages magiques » qui sonnent souvent très bien (ou du moins peuvent servir de bon point de départ) :

  • Attaque lente = 30 ms
  • Release rapide = 0.1 ms
  • Ratio = 4:1

Une fois ces réglages effectués, ajustez le threshold pour obtenir maximum 4 décibels de réduction de gain… et profitez du son 🙂 !

Mais que faire si vous n’avez pas de console de mixage SSL ?

Eh bien, heureusement, la relative simplicité du circuit électronique fait qu’il existe de nombreuses versions, officielles ou non-officielles, de cet excellent compresseur de buss — aussi bien en termes de hardware qu’en termes de plugins audio :

Clones (et rééditions — hardware)

Plugins (software)

En conclusion

Il y a bien sûr d’autres compresseurs qui mériteraient potentiellement d’être mentionnés ici.

Je pense par exemple à l’API 2500 ou au fameux Distressor d’Empirical Labs… difficile de les mentionner tous.

Toutefois, si vous pensez que cette liste est incomplète, et que d’autres compresseurs devraient absolument en faire partie, laissez donc un commentaire ci-dessous ! 🙂

12 commentaires sur “5 Compresseurs Audio Analogiques à Connaître Absolument !

  1. Philippe Herrero Répondre

    Je pense qu’il ne faut pas oublier le « LA502 Optical Compressor » et le « CP4500 Stereo Bus compressor » de chez Sound Skulptor qui émulent respectivemernt le « Teletronix LA-2A » et le « SSL Quad Compressor »

    • Adrien Post authorRépondre

      Effectivement, c’est ajouté ! – merci pour ce commentaire très pertinent 🙂 !
      Adrien

  2. Arnaud DAVID Répondre

    Petite correction tout de même : le SDC de sknote n’émule pas un Fairchild 670, mais un autre monstre du mastering, à savoir le Shadow Hill Mastering Compressor.

    Et toujours chez sknote, on trouve le C165A, probablement la meilleure émulation de dbx 165 ! 😉

    • Adrien Post authorRépondre

      Oui bien sûr, je ne sais pas comment il s’est retrouvé là haha 🙂 c’est corrigé, merci bien d’avoir repéré la coquille !
      Adrien

  3. Philippe Dura Répondre

    Bonjour qu’est-ce que tu en penses de l’ADL 670 d’Antony Demaria, une autre réplique du Fairchild

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