Faut-il des Enceintes de Monitoring Actives ou Passives ?

Lorsqu’est venu le moment de choisir de nouvelles enceintes de monitoring pour son studio ou home studio, on se retrouve souvent face au dilemme suivant : faut-il mixer sur des enceintes de monitoring actives ou bien passives ?

Chaque ingénieur du son a ses préférences — aussi je peux d’ores et déjà vous dire qu’il n’y a pas une seule bonne réponse.

Et puis le contexte est bien sûr très important.

En home studio, typiquement, je recommanderai fortement de vous tourner vers des enceintes de monitoring actives…

…mais je vais trop vite ! : plutôt que de faire une simple affirmation sans l’expliquer, je vous propose que nous prenions le temps, à travers cet article, de regarder ensemble la différence entre des enceintes de monitoring actives et passives. 🙂

Pour cela, je vais d’abord détailler les différences techniques entre ces deux types d’enceintes, puis nous nous pencherons sur les avantages et inconvénients associés aux différentes technologies.

Exemple d'enceintes de monitoring actives et passives
Entre un modèle actif et un modèle passif, les différences peuvent être difficile à voir — comme ici entre la CLA-10A active et la CLA-10 passive d’Avantone

La différence entre les enceintes de monitoring passives et actives

Il existe en réalité non pas deux mais trois types d’enceintes de monitoring :

  • les enceintes de monitoring passives ;
  • les enceintes de monitoring amplifiées ;
  • et les enceintes de monitoring actives.

A noter que pour les deux derniers types, on utilise souvent pour simplifier le terme « d’enceintes actives ».

Ce n’est pas très précis, mais bon : c’est un abus de langage…

Les enceintes de monitoring passives

Schéma d'une enceinte de monitoring passive

Les enceintes de monitoring passives se distinguent par le fait qu’elles ne contiennent aucun circuit électronique d’amplification.

Cela signifie qu’elles attendent en entrée un signal de haut niveau, c’est-à-dire qui a déjà été amplifié grâce à un ampli de puissance.

Le signal émis par l’ampli étant wideband (il couvre toutes les fréquences), il est bien sûr séparé au sein de l’enceinte pour que les bonnes fréquences soient jouées par les bons haut-parleurs (les basses par le woofer, les aigus par le tweeter…).

Pour séparer ce signal initial en plusieurs signaux, on va donc retrouver un circuit électronique spécifique dans l’enceinte : le crossover. L’enceinte en elle-même n’étant pas alimentée, ce crossover est bien sûr passif, c’est-à-dire qu’il ne nécessite aucune alimentation électrique pour fonctionner.

D’où le nom d’enceintes de monitoring passives.

Les enceintes de monitoring amplifiées

Schéma d'une enceinte de monitoring amplifiée

Les enceintes de monitoring amplifiées, elles, sont alimentées par un courant électrique.

Vous allez donc retrouver à l’arrière une prise pour pouvoir les brancher sur le secteur.

Concrètement, elles se distinguent des enceintes de monitoring passives par le fait que l’amplificateur de puissance est cette fois-ci situé dans le baffle. Ou parfois vissé à l’arrière.

Par contre, cet ampli va se trouver juste après l’entrée jack ou XLR, mais avant le circuit de crossover.

Cela signifie donc :

  • que le baffle attend en entrée un signal au niveau ligne ;
  • et que le crossover est toujours complètement passif : les fréquences sont séparées sans utilisation d’une alimentation électrique.

Les enceintes de monitoring actives

Schéma d'une enceinte de monitoring active

Enfin, les enceintes de monitoring actives (au sens propre du terme) sont elles-aussi alimentées par une prise électrique. C’est sans doute pour cela que le terme « actif » est également utilisé pour les enceintes amplifiées dont je parlais juste au-dessus.

Par contre, elles se distinguent des autres types d’enceintes par le fait qu’elles contiennent plusieurs amplificateurs de puissance au sein du baffle.

Typiquement, on va en retrouver un pour chaque haut-parleur (ou pour chaque « voie », comme on dit parfois).

Si vous regardez par exemple la notice technique des célèbres enceintes de monitoring Yamaha HS7, vous allez ainsi constater qu’il y a un amplificateur pour le tweeter (HF = High Frequency, ou Hautes Fréquences) et un amplificateur pour le woofer (LF = Low Frequency, ou Basses Fréquences).

Le circuit actif des Yamaha HS7
Source : manuel utilisateur des Yamaha HS

Avantages des enceintes de monitoring passives

Avoir des enceintes passives plutôt qu’actives dans votre studio ou home studio présente bien entendu plusieurs avantages.

Tout d’abord il y a le coût : comme les enceintes contiennent moins de composants électroniques, leur coût va être plus réduit.

Bien sûr, il va tout de même falloir investir dans un amplificateur de puissance, mais vous aurez toujours la possibilité de changer d’enceintes à « moindre coût ». Inversement, si votre ampli a un problème, vous n’aurez pas besoin de changer les enceintes. C’est gagnant/gagnant.

Par contre, à prix égal entre des enceintes passives et actives, les enceintes de monitoring passives seront probablement de meilleure qualité : en effet, comme il n’y a pas de circuit d’amplification, le prix s’en ressentira (un circuit d’amplification peut être complexe et cher).

Un amplificateur de puissance Avantone
L’amplificateur de puissance Avantone CLA-200 au format rack 2U

Ensuite, le gros avantage des enceintes passives est lié au fait que l’amplificateur se situe en dehors du baffle. Cela va avoir pour conséquence de limiter les perturbations électromagnétiques : vous aurez donc un signal potentiellement plus propre.

Enfin, les ingénieurs du son se tournent bien souvent vers des enceintes passives pour pouvoir les appairer avec l’amplificateur de puissance de leur choix.

C’est un peu comme les audiophiles, en fait : on cherche à avoir un équipement qui fonctionne de la manière la plus harmonieuse possible. Typiquement, en appairant enceintes et amplificateur en fonction de leur impédances respectives.

L’inconvénient va être qu’il faut un peu « s’y connaître » et qu’il y a toujours des conjectures ou approximations pour déterminer si un modèle d’ampli va bien correspondre à un modèle d’enceintes de monitoring. Parce que mine de rien, un ampli différent impliquera toujours un son différent.

Avantage des enceintes de monitoring actives

Regardons maintenant ce qu’il en est pour les enceintes de monitoring actives.

Avant tout, elles se distinguent par leur aspect « tout-en-un ». C’est-à-dire que vous n’avez qu’à les brancher et à les connecter à votre carte son pour pouvoir profiter du son.

Cela veut dire également qu’en termes de circuits électroniques, les circuits d’amplifications contenus à l’intérieur des enceintes sont parfaitement adaptés aux haut-parleurs (en termes d’impédance, de puissance…). Du moins, ils sont sensés l’être : il va de soit qu’en particulier sur les modèles bas de gamme, on pourra avoir quelques surprises.

Autre avantage, mais qui fait un peu débat : le fait de minimiser la longueur du câble entre le circuit d’amplification et le haut-parleur. En théorie, en minimisant cette distance, on va aussi minimiser les parasites potentiellement captés par le câble. Dans les faits, l’inconvénient va être qu’en mettant le système d’alimentation au sein du baffle, on va parfois générer d’autres types de parasites.

Vous vous en doutez : il y a plusieurs écoles sur ce point ! 🙂

Par ailleurs, il faut également remarquer que dans les enceintes de monitoring actives, le fait que le filtre de crossover soit alimenté va améliorer ses performances, notamment en matière de distorsion. Du moins, il sera un peu plus facile d’atteindre de bons taux de distorsion.

Enfin, la contrepartie de ces différents points est évidente :

  • si on souhaite passer à un modèle supérieur, il faut tout changer (c’est-à-dire qu’on ne garde pas l’amplificateur de puissance) ;
  • les enceintes actives contiennent plus de composants que les enceintes passives, et coûtent donc plus cher. De fait, surtout sur le bas de gamme voire le milieu de gamme, on va souvent se retrouver avec des composants de qualité moyenne et non pas audiophile ;
  • et puis, les contraintes techniques liées à l’intégration de l’amplificateur de puissance dans le baffle va limiter les topologies de circuits possibles. Exit par exemple l’amplification à lampes.

Alors, actives ou passives ?

Si vous travaillez en home studio, je ne peux que vous conseiller de vous orienter vers des enceintes actives.

Tout simplement parce que ça prend moins de place et que leur aspect « tout-en-un » permet de composer et mixer dans de bonnes conditions, sans avoir à se préoccuper de questions telles que « est-ce que l’impédance de mon ampli de puissance est bien adaptée pour tel ou tel modèle d’enceintes ».

C’est tout simplement un gain de simplicité, surtout qu’on ne peut pas dire que les enceintes de monitoring passives soient meilleures que les actives. Typiquement, le positionnement de vos enceintes aura bien plus d’impact sur le son.

Si par contre vous travaillez en studio pro, et même si de nombreux ingénieurs du son travaillent avec des enceintes actives, il me semble intéressant de regarder aussi du côté des modèles passifs qui offriront une certaine flexibilité et une certaine évolutivité.

Bref, dans le doute, prenez des enceintes de monitoring actives ! 🙂

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