Comment Mixer une Guitare Metal ?

Commençons tout de suite par une bonne nouvelle : le mixage des guitares metal ou hard-rock est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

En effet, si le metal par lui-même est un genre assez complexe à mixer, car le son doit être puissant, précis, avec des instruments prenant bien leur place dans le spectre de fréquences mais évoluant surtout à des BPM élevés — les guitares par elles-mêmes font généralement l’objet d’assez peu de traitements.

Guitare d'un groupe de metal
(CC BY-SA 3.0, d’après une photo de Andreas Lawen)

Bien entendu, cela implique tout de même d’avoir fait la meilleure prise possible, ou du moins une prise qui se rapproche le plus possible du son souhaité.

A travers cet article, je vous propose donc un aperçu des étapes classiques du mixage de la guitare metal / hard-rock ou dit plus simplement « de la guitare saturée ».

Voici les sujets que nous allons aborder :

Le mixage commence à la prise

Dans le metal, le son et la texture des guitares sont particulièrement importants.

En tous cas, ils le sont au moins pour les guitaristes, qui recherchent souvent la sonorité parfaite, moyennant tel ou tel ampli, telle ou telle pédale d’effet, tels ou tels humbuckers.

Aussi, lors de l’enregistrement, se mettre dans une approche « boah je corrigerai le son lors du mixage » est toujours une très mauvaise idée.

En effet, dans le metal (ou le hard-rock) encore plus que dans les autres genres, obtenir le son de guitare le plus parfait possible dès la prise est indispensable.

Et au-delà des réglages par eux-mêmes des amplis ou pédales sur lesquels je ne pourrai pas vraiment vous aider car ils seront spécifiques à votre matériel et au son que vous voulez obtenir, un certain nombre de points sont à avoir en tête.

Le positionnement des microphones devant le baffle

Lorsque vous enregistrez une guitare électrique, la position du microphone devant l’ampli est extrêmement importante :

  • plus le micro sera au centre du haut-parleur, plus le son sera brillant ;
  • plus il sera éloigné vers le bord du haut-parleur, plus le son sera sombre ;
  • plus il sera éloigné du baffle, plus vous capterez l’ambiance de la pièce ;
  • etc.

Il est donc essentiel de prendre le temps de placer correctement votre microphone et de faire des tests d’enregistrement pour vous assurer que vous obteniez bien le son dont vous avez besoin.

Une approche intéressante, d’ailleurs, consiste à utiliser deux microphones pour capter des aspects différents du son, et in fine les mélanger lors du mixage.

Réduisez le gain

Quand on pense « Metal », on pense souvent à des amplis sursaturés, avec le potard de gain tourné à 11.

Lorsque l’on joue chez soi, on peut se le permettre.

Lorsque l’on joue sur scène, ce n’est peut-être pas si grave.

Mais pour l’enregistrement de vos pistes de guitares saturées, une bonne pratique consiste à réduire le gain.

Pourquoi donc ?

Eh bien, lorsque vous avez le gain à fond, votre son gagne en puissance apparente mais perd en définition. Vos palm mutes sont moins propres, vos riffs sont moins précis…

En baissant le gain, vous pouvez par contre récupérer des détails et gagner en précision.

Mais rassurez-vous : vous n’allez pas perdre en puissance car dans tous les cas vous allez doubler (ou plus) vos prises.

Doublez vos prises

En effet, c’est la multiplication des prises qui va vous permettre d’obtenir « le gros son » plutôt que la quantité de distorsion appliquée.

Il est déconseillé, dans le metal, de ne faire qu’une seule prise de guitare : mieux vaut faire deux prises et les positionner complètement à gauche et complètement à droite en termes de panoramique.

On parle alors de « double-tracking ».

Vous pouvez aussi aller plus loin et faire du « quad-tracking », c’est-à-dire faire quatre prises de son que vous allez répartir de façon équilibrée en termes de panoramique.

N’oubliez pas bien sûr d’enregistrer « au clic », avec le métronome de votre DAW, pour vous assurer que les prises soient les plus carrées possibles.

La Tube Screamer au secours

Enfin, la petite technique quasi systématiquement utilisée dans le metal : n’oubliez pas dans la mesure du possible (et dans la mesure où le résultat vous satisfait dans votre quête sonore) d’ajouter une Tube Screamer (personnellement j’utilise souvent une Maxon OD-808) avant votre préampli guitare.

En effet, le boost généré par cette pédale permet de rentrer plus agressivement dans le préampli, ce qui a généralement pour effet de rendre le son plus précis et surtout plus tranchant.

Sur le metal extrême, notamment, c’est vraiment très efficace, et cela facilitera grandement votre mixage !

Egalisation des guitares metal

A partir du moment où vos prises de son sont de bonne qualité, un simple égaliseur peut parfois être le seul traitement que vous appliquerez à vos pistes de guitares saturées.

Voici quelques suggestions sur ce que vous pouvez faire avec votre EQ.

Un filtre passe-haut

Appliquer un filtre passe-haut sur vos guitares metal / hard-rock est presque indispensable.

En effet, votre ampli génère toujours une certaine quantité de basses fréquences peu définies, une sorte de grondement peu agréable qui va surtout entrer en collision avec le son de la grosse caisse et de la basse.

Il convient donc de filtrer cette énergie problématique, en utilisant un filtre passe-haut ou high-pass filter.

Un bon point de départ consiste à partir de 80 Hz / 90 Hz, car ce qui est en-dessous est rarement très intéressant — mais on peut parfois se retrouver à couper jusqu’à 200 Hz (je pense tout particulièrement aux solos de guitare qui peuvent être largement rabotés dans les basses) !

Prenez toutefois en compte la fréquence associée à votre corde la plus grave, notamment si vous utilisez des accordages bas ou que vous êtes sur des guitares à 7 ou 8 cordes.

Egalisation passe-haut sur une guitare metal

Un filtre passe-bas

Un peu dans la même idée de « nettoyage », un filtre passe-bas pour couper les aigus peut souvent s’avérer utile — surtout si votre microphone a capté cette sorte de grésillement électrique aigu que l’on entend souvent sur les amplis vers les 10-15 kHz.

En coupant cette friture bien désagréable avec votre EQ, vous constaterez que votre son de guitare est plus précis et plus musical.

Notez par contre qu’il est parfois nécessaire de booster en même temps les aigus juste en-dessous, pour apporter de la clarté à votre guitare.

C’est un peu l’idée qu’on retrouve dans la capture d’écran suivante : on coupe la partie supérieure des aigus vers 12 kHz mais on soulève à 9 kHz pour gagner en clarté.

Egalisation passe-bas et passe-haut sur une guitare metal

Sculptez votre son avec un EQ

Généralement, dans le metal ou le hard-rock, les simples filtres passe-haut et passe-bas que l’on a positionnés juste avant suffisent pour rendre le son des guitares plus intéressant et plus utilisable.

Toutefois, il convient parfois d’aller un peu plus loin en sculptant le son avec un EQ et des filtres en cloche ou high-shelf.

Sur ce point, impossible de donner un conseil précis de fréquences car cela dépendra toujours du signal source que vous avez enregistré :

  • peut-être souhaiterez-vous creuser un peu les médiums pour avoir un son un peu plus « scooped » comme disent nos amis anglophones ? ou bien pour faire ressortir la piste de voix ?
  • peut-être choisirez-vous d’atténuer un peu les fréquences vers 4 kHz car elles sont un peu trop agressives à votre oreille ?
  • peut-être au contraire déciderez-vous de soulever les bas médiums pour donner un côté plus chaud au son ?

Les possibilités sont infinies — mais pour vous guider je vous recommande d’utiliser des morceaux de référence : s’il y a une chanson en particulier dont vous cherchez à vous approcher le style, chargez-là dans votre DAW et égalisez votre piste de guitare en fonction.

Compression de la guitare metal

Dans le metal, on utilise assez rarement la compression sur les pistes de guitare.

Une idée de la raison ?

Eh bien, tout simplement parce qu’en raison de la distorsion, elles sont souvent déjà extrêmement compressées et qu’ajouter un compresseur n’apporterait pas grand chose.

Typiquement, si votre enregistrement ressemble à ceci, il ne devrait pas y avoir besoin de beaucoup de compression… :

Ceci dit, dans certains cas, il y a quand même des choses que vous pouvez faire avec un compresseur, et nous allons voir lesquelles.

Gérez les palm mutes avec la compression multibande

Les palm mutes sont monnaie courante sur les pistes de guitares saturées orientées rock / metal.

Le problème, c’est qu’ils ont tendance à ressortir à l’enregistrement de façon démesurée, sous la forme de grosses poussées d’énergie dans les basses et les bas médiums vraiment gênantes et qu’il faut donc corriger.

Pour cela, la technique habituelle consiste à utiliser un compresseur multibandes pour aller contrôler les fréquences responsables.

Toutefois, je souhaite partager avec vous la fameuse technique du C4 d’Andy Sneap (Cradle Of Filth, Cathedral, Megadeth…) qui est utilisée sur de nombreux albums et qui, il faut l’avouer, a tendance à être efficace la plupart du temps.

Celle-ci est basée sur le compresseur C4 de Waves (-10% sur le prix avec ce lien), qu’il faut régler de la façon suivante :

La technique d'Andy Sneap pour compresser les guitares metal

Comme vous pouvez le constater, ces réglages sont vraiment basiques :

  • une seule bande est activée, entre 65 et 281 Hz ;
  • l’attaque (16.03) et le release (25.00) sont rapides.

Il suffit ensuite d’ajuster le threshold en fonction du niveau de votre signal.

Et c’est tout ! 🙂

Remarque : Objectivement, avoir le plugin C4 n’est pas indispensable. Vous pouvez reproduire ce type de réglages sur n’importe quel bon compresseur multibandes.

Mais du coup pourquoi ces réglages ?

Eh bien, le concept est assez simple : les palm mutes sur les guitares saturées type hard rock/metal ont tendance à ressortir fortement dans les basses — on l’a dit.

Du coup, pour contrôler ces pics d’énergie, la technique du C4 d’Andy Sneap consiste à compresser sélectivement les fréquences correspondantes uniquement lorsqu’elles apparaissent, pour les remettre au niveau du reste de la piste.

L’approche est simple et efficace, et suffit généralement à contrôler tous ces palm mutes.

Compressez pour la couleur

On a vu plus haut que nos guitares metal étant déjà compressées en raison de la distorsion, il n’était généralement pas nécessaire de les recompresser.

Toutefois, dans certains cas, vous pouvez utiliser un compresseur pour apporter de la couleur, pour apporter une texture, pour apporter une certaine tonalité.

Parce qu’effectivement, vos compresseurs analogiques ou vos simulations confèrent des propriétés sonores qui peuvent être intéressantes — même sans compresser le signal.

Il est donc possible que lorsque vous ajoutez votre simulation de LA-2A ou de 1176 sur vos pistes, celle-ci « améliore » le son que vous entendiez par le simple fait de sa présence.

Si c’est le cas, n’hésitez pas à profiter de cet effet sur vos mix… 😉

Vous reprendrez un peu de saturation ?

Quoi, de la saturation en plus sur les guitares metal ?

Eh bien oui.

Dans de nombreux cas, un peu dans la même idée que le paragraphe précédent où je vous suggérais d’utiliser un compresseur pour sa couleur plutôt que pour sa compression, l’ajout de saturation lors du mixage va améliorer vos pistes de guitare.

Attention, on ne parle pas du tout de distorsion !

Mais plutôt d’une saturation légère qui va stimuler les harmoniques du signal et rendre celui-ci plus vivant.

Plus musical.

La guitare va mieux prendre sa place dans le mix et sera plus intéressante.

Saturation à bande magnétique, utile sur les guitares metal

Typiquement, pour ce genre de traitement, vous pouvez par exemple utiliser des simulations de saturation à bande magnétique ou des simulations de consoles analogiques.

Voici quelques idées de plugins :

En conclusion

Comme vous pouvez le voir, mixer des guitares metal est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

Pas besoin de beaucoup d’effets.

Du moins, à partir du moment où vous avez une bonne prise de son (ou une simulation d’ampli bien réglée) et des guitares enregistrées en double.

Sinon, l’exercice est beaucoup plus compliqué.

Sur ce, je vous dis à très bientôt pour d’autres articles sur le mixage de metal ! 😉

Commentaires (4)

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Nicolas HND / Répondre

Salut Adrien! Encore un article très intéressant. Je procède comme tu l’as décris excepté que je coupe à 8khz au lieu de 12khz. Je trouve qu’il y a encore beaucoup de friture au dessus. Si dans le mix ça s’entend peu, quand une guitare joue seule on l’entends très bien. Et ça me perturbe vis à vis du ressenti que je peux avoir en son direct sur un baffle.

Adrien Administrateur / / Répondre

Merci du commentaire 🙂 !
Le 12 kHz que j’ai mis est juste pour l’exemple, effectivement on peut couper soit plus haut soit plus bas en fonction du contexte 🙂 ! Attention par contre à ne pas rendre les choses trop sombres, si dans le mix ça ne s’entend pas…

Arnaud / Répondre

Bonjour Adrien super ton site !!! Par contre sur ton article on pourrait parler de l editing des pistes guitares en métal cela se fait beaucoup ???

Adrien Administrateur / / Répondre

Hello,
Merci pour ton message !
Ca se fait oui, après tout dépend du guitariste (un pro va peut-être enregistrer les pistes en une prise, alors qu’une personne moins expérimentée enregistrera plusieurs bouts et éditera le tout. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à éditer en tous cas 😉

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