Egalisation lors du Mastering : 5 Astuces à Connaître

L’égalisation lors du mastering est un sujet qui n’est que trop rarement abordé et expliqué.

J’en veux pour preuve le nombre très limité de ressources, notamment en français, sur cette thématique.

Certes, un égaliseur est un égaliseur — mais appliquer une égalisation sur un master est clairement plus compliqué qu’il n’y paraît à première vue.

Aussi, pour vous éviter les principaux écueils dans lesquels tombent les débutants en mastering, voici quelques conseils que vous pourrez appliquer presque instantanément sur le prochain morceau que vous masteriserez.

1. Utilisez un égaliseur adapté au mastering

SlickEQ, un excellent égaliseur pour le mastering

Cette recommandation peut sembler naïve parce qu’il n’y a pas à proprement parler « d’égaliseur de mixage » et « d’égaliseur de mastering ».

Et puis, les outils ne font pas tout : quelqu’un ne sachant pas égaliser du tout ne pourra pas utiliser un EQ pour faire un mastering, quel que soit le plugin…

Si vous avez déjà vos repères avec un plugin donné (peut-être l’égaliseur de base de votre DAW ?), prenez ce plugin-là. On est toujours plus efficace avec des outils que l’on connaît.

Toutefois, si vous n’avez pas d’habitude particulière, il faut s’assurer d’utiliser un outil adapté.

Si, durant le mastering, vous rencontrez le besoin d’aller égaliser des aspects très précis du mix, par exemple pour corriger une résonance sur une bande de fréquence très réduite, utilisez un égaliseur pouvant avoir ce niveau de précision.

Par exemple, Pro-Q de Fabfilter est un peu cher mais absolument génial car très efficace.

Attention tout de même : si vous vous retrouvez à faire beaucoup de corrections très précises, c’est probablement parce qu’il y a un problème dans votre mix. N’hésitez pas, si c’est le cas, à revenir à celui-ci pour corriger les soucis que vous entendez.

Ceci dit, en règle générale durant le mastering, on utilise surtout l’égalisation pour équilibrer une piste. Typiquement, pour ajuster la balance entre basses et aigus — ou bien pour apporter un peu de clarté en atténuant légèrement les bas médiums s’ils sont un peu brouillons.

Pour ce type d’utilisation, privilégiez alors les plugins d’EQ avec des courbes musicales et larges (facteur Q très faible).

Par exemple, j’aime beaucoup utiliser le Dangerous Music BAX EQ de Plugin Alliance, qui est basé sur les courbes d’égalisation conçues par Peter Baxandall dans les années 50 :

Le plugin de mastering Bax EQ de Brainworx

Quant à lui, le plugin SlickEQ M de Tokyo Dawn Records, en photo au début de l’article, est différent mais tout aussi efficace. A noter qu’une version gratuite avec moins de bandes est également disponible.

2. Egalisez à coups de 0.5 dB

Comme je le disais un peu plus haut, s’il y a des problèmes de fréquences dans le mix, c’est au niveau du mixage qu’il faut les corriger. Le mastering, lui, est là pour apporter un dernier vernis, un dernier ajustement des fréquences — notamment en équilibrant les morceaux d’un même album entre eux.

Si vous vous retrouvez à faire des corrections de plus de 3 dB (décibels), il y a sans doute un soucis.

La plupart du temps, lors du mastering, on est plutôt sur des égalisations de 1 dB, 2 dB, voire 3 dB maximum !

Alors oui, c’est subtil.

Mais si vous retirez ces corrections de 0.5 ou 1 dB, vous vous rendrez compte que le master sonne moins bien.

De fait, la façon dont vous allez égaliser vos morceaux durant le mastering est importante : préférez des ajustements de +0.25 ou +0.5 dB à la fois, et multipliez les tests avant/après.

Par exemple, si vous avez la sensation que les basses pourraient être un peu plus présentes, ajoutez un EQ vers 80 Hz et amplifiez de 0.5 dB. Faites un test avant/après. Est-ce que c’est mieux avec ou sans la correction ?

Si c’est mieux, essayez de monter à +1 dB, et réitérez l’expérience… 🙂

3. Maîtrisez les basses avec votre EQ

Exemple d'égalisation des basses lors du mastering
Un exemple de courbes d’EQ ciblant les basses lors du mastering

S’il y a un aspect crucial concernant l’égalisation pour le mastering, selon moi, il s’agit du contrôle des basses.

S’il y a trop de basses ou qu’elles ne sont pas assez claires, on aura souvent l’impression d’un morceau brouillon.

Même si les médiums et les aigus sont bien mixés.

Ceci est notamment lié à un phénomène psychoacoustique appelé « effet de masque », selon lequel les basses fréquences auront tendance à masquer les hautes fréquences.

C’est pourquoi maîtriser au mieux les basses est l’un des enjeux du mixage et du mastering.

Pour bien faire les choses, il est important de vérifier tout d’abord si la pièce est équilibrée dans les basses. C’est-à-dire qu’il faut s’assurer que le traitement acoustique des résonances modales est efficient.

Si ce n’est pas le cas, et qu’ajouter des bass traps n’est pas possible (on sait bien que le home studio ne ressemble que rarement à un vrai studio), n’hésitez pas à vous rabattre sur l’utilisation d’un bon casque audio comme le ATH-M50X.

Celui-ci vous permettra d’écouter les basses de votre master en vous affranchissant des problèmes d’acoustique de votre pièce.

Parce que clairement, si celle-ci est déséquilibrée dans les basses, votre master sera déséquilibré aussi.

Maintenant, concernant l’égalisation par elle-même, plusieurs approches peuvent être suivies pour contrôler les basses fréquences.

Par exemple, vous pouvez couper la partie inférieure des basses avec un filtre passe-haut (= low cut). Il est en effet assez courant d’utiliser un EQ pour couper vers 20-40 Hz, suivant le style de musique.

Ensuite, pour amplifier ou atténuer les basses, je vous recommande d’essayer en premier lieu des filtres EQ de type low shelf, qui seront plus musicaux que des filtres en cloche.

Toutefois, si vous souhaitez utiliser ces derniers, assurez-vous que le facteur Q soit suffisamment faible — l’idée étant de soulever ou abaisser les basses de façon transparente.

4. Utilisez l’égalisation Mid/Side, idéale pour le mastering

Vous en avez peut-être entendu parler : n’importe quel signal stéréo (donc ayant un canal gauche et un canal droit) peut être « décodé » en un signal mid/side (donc ayant un canal correspondant au centre de l’image stéréo et un canal correspondant aux sons situés sur les côtés).

L’égalisation mid/side est une technique usuelle du mastering.

Sur les EQ qui le permettent, vous allez en effet pouvoir sculpter le signal en détail en équilibrant les canaux mid et side, plutôt qu’en traitant les fréquences au global.

Exemple d'égalisation mid/side lors du mastering
Ici, les aigus sont soulevés uniquement sur le side, tandis que les basses sont recentrées dans l’image stéréo

Personnellement, j’adore ce type de traitement pour l’égalisation mastering, car il y a plein d’applications possibles. On peut par exemple :

  • ajouter plus de basses mais uniquement sur le canal mid, pour un son plus précis ;
  • inversement, atténuer les basses sur le canal side, pour raffermir les basses en les replaçant au centre de l’image stéréo ;
  • ou encore soulever les aigus sur le canal side pour ajouter de la présence à la réverbe sans toutefois rendre le signal mid agressif.

N’hésitez pas à expérimenter avec cette technique, mais aussi à jeter un œil sur la façon dont les presets livrés avec votre plugin d’égalisation sont construits : cela vous donnera sans doute quelques idées… 🙂

5. Comparez votre master avec une piste de référence

L’objectif du mastering étant d’apporter une finition au mix et d’homogénéiser comme il faut l’ensemble d’un album, il est souvent utile d’utiliser des pistes de référence — notamment pour tout ce qui est égalisation.

Pour ma part, je triche un peu en fait. Je m’assure que mon mix cartonne en le comparant aux sons d’albums commerciaux à succès que j’admire.

Sylvia Massy (Tool, System of a Down, Red Hot Chili Peppers…)

Certes, il est possible de juger « à grosse maille » si un morceau manque de basses ou pas.

Mais peut-on toujours juger s’il faut ajouter ou non +1dB ?

La tâche peut être ardue, surtout pour les débutants…

Aussi, une solution simple consiste à comparer son master avec d’autres masters de référence. Typiquement, des morceaux commerciaux du même style de musique ou mieux : quelque chose qui se rapproche le plus possible de votre cible sonore.

Comparaison de l'égalisation avec une piste de référence lors du mastering
Certains plugins facilitent la comparaison entre deux pistes (ici, Reference de l’éditeur Mastering the Mix)

Une fois que votre ou vos piste(s) de référence est(sont) choisie(s) :

  1. Ecoutez-là
  2. Ecoutez votre master
  3. Et posez vous des questions du style :
    • Ai-je besoin de plus de basses ?
    • Faut-il rééquilibrer les aigus ?
    • Peut-être plus de présence vers 10 kHz serait bien ?
    • Est-ce que mes guitares sont trop en avant dans les médiums ? Si oui, faut-il par exemple atténuer un peu vers 800 Hz ?
    • etc.

Cela devrait vous guider vers les corrections de fréquences devant être apportées…

(au passage, n’oubliez pas d’ajuster le volume de vos pistes de référence pour qu’il soit au même niveau que votre master, sinon vos choix seront moins précis)

En conclusion

En appliquant ces 5 grands conseils, vous devriez être beaucoup plus à l’aise pour régler vos égaliseurs durant le mastering.

Après tout, ce n’est pas si compliqué : il suffit de se poser les bonnes questions. Et bien sûr, de comparer en permanence le rendu de votre master avant et après égalisation.

Pour continuer à lire sur le mastering, n’hésitez pas à regarder mes recommandations de plugins. 😉

3 commentaires sur “Egalisation lors du Mastering : 5 Astuces à Connaître

  1. Martin Répondre

    Salut Adrien,

    C’est vrai que les ressources en français sur le sujet sont assez rares.
    Je voudrais rajouter aussi qu’il faut faire attention aux changements de phase quand on applique un EQ, surtout en Mastering!
    C’est pourquoi il faut parfois privilégier un EQ à phase linéaire (Mode linear phase). Mais je dis bien « parfois » car ce n’est pas forcément systématique, ça peut aussi faire plus de mal que de bien au son dû aux effets de « pre-ringing » dans les basses.
    Le mieux est de bien écouter ce qu’on fait au son quand on applique le moindre traitement et d’avoir le choix entre différentes options.

    Si ça t’intéresse d’en savoir plus, voici divers articles que j’ai écris sur le sujet:
    https://arsonor.com/les-types-de-plugins-eq-comment-bien-aborder-les-eq-part-8/

    [remarque : modération des liens]

    Et enfin, tu as raison de parler de piste de référence, pratique trop souvent négligée par les débutants et pourtant très utile voire indispensable!
    Voilà aussi ce que j’ai écris sur le sujet:
    [remarque : modération des liens]

    J’espère que je ne t’embêterais pas trop avec toute cette lecture mais ça m’intéresserait aussi beaucoup de savoir ce que tu penses de mes écrits ;). Merci pour tes articles.

    A+

    • Adrien Post authorRépondre

      Bonjour,

      Merci pour ton message – effectivement, les EQ linéaires prennent tout leur sens lors du mastering, sans être bien sûr un passage obligatoire.

      Effectivement, en lien avec ton deuxième commentaire, je me suis permis de modérer les nombreux liens qu’il y avait pour ne garder que celui vraiment en lien avec le sujet. 🙂

      Bien cordialement,

      Adrien

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