Utiliser la Réverbe : le Guide Complet

La réverbe ou réverbération est l’un des effets à maîtriser absolument pour pouvoir faire un mixage audio, au même titre que l’égalisation ou la compression.

Impossible ou presque d’imaginer un mix qui n’utiliserait pas au moins une fois cet effet.

Mais concrètement, qu’est-ce que la réverbe ? A quoi ça sert ? Comment l’utiliser ?

Exemple de réverbe utilisée pour le mixage audio
A la fin de l’article, vous saurez tout sur les réverbes

Je vous propose de répondre à toutes ces questions dans cet article, qui est structuré de la façon suivante :

Qu’est-ce que la réverbe ?

En guide d’introduction, je trouve que la définition que nous donne le Larousse du phénomène de réverbération est plutôt un bon point de départ :

Réverbération (n.f.) — Persistance d’un son dans un espace clos ou semi-clos après interruption de la source sonore.

Larousse

En effet, elle fait référence à la notion de persistance du son : cela signifie que c’est quelque chose de particulièrement important.

Essayons toutefois, dans ce chapitre, de la préciser un peu.

La réverbe expliquée grâce à l’écho

Imaginons que vous vous trouviez sur une montagne.

Vous criez très fort.

Quelques secondes plus tard votre voix vous revient de façon distincte, vous permettant de comprendre chacun des mots prononcés avec une certaine clarté.

Ça, c’est le phénomène d’écho. Votre voix a rebondi sur la montagne d’en face, par exemple, et est revenue jusqu’à vous.

Une zone d'écho en montagne
(Photographie CC-BY Scrubhiker)

Imaginons maintenant que vous fassiez la même chose dans une cathédrale.

Cette fois-ci, vous n’allez pas entendre un écho unique, mais plutôt une multitude d’échos générant une sorte de résonance qui dure dans le temps.

Plus précisément, votre voix rebondit de paroi en paroi jusqu’à ce que l’énergie de l’onde sonore se soit dissipée — le son qui vous parvient est donc constituée d’une série d’échos.

Mais cette fois-ci, contrairement au cas avec la montagne, vous ne pouvez pas distinguer les différents échos : ceux-ci forment un son que votre cerveau perçoit comme unique, qui dure un certain temps et qui possède une réponse en fréquence variant dans le temps (typiquement, les aigus ont souvent tendance à disparaître en premier).

Remarque : pour pouvoir distinguer deux sons l’un de l’autre, on considère généralement qu’il faut 20 à 30 ms (millisecondes) d’écart entre les deux.

En-dessous de ce seuil, le cerveau humain aura tendance à avoir l’impression qu’il n’y a qu’un seul son.

Eh bien ce phénomène, c’est exactement ce que l’on appelle la réverbération ou réverbe dans le jargon de l’ingé son.

Bien entendu, j’ai pris l’exemple de la cathédrale parce qu’il est parlant, mais toutes les pièces possèdent leur propre réverbe : dans le cas de la cathédrale, la réverbe est longue au vu de la taille du bâtiment, mais dans votre chambre ou dans la pièce où vous vous trouvez en ce moment même, il y a également une réverbe, qui est sans doute plus courte.

Seules les chambres sourdes comme celle de l’IRCAM ne possèdent pas de réverbération (ou du moins, celle-ci est infinitésimale).

Notion de premières réflexions

Pour bien comprendre le phénomène de réverbération, je vous propose de rentrer un peu plus dans le détail en regardant la façon dont il est composé, sur la base du graphique suivant :

Premières réflexions et réflexions tardives contenues dans une réverbe

Comme vous pouvez le voir, vous avez d’abord le son direct : c’est celui qui est émis par la source sonore et qui arrive directement, donc sans être réfléchi, au microphone ou bien à la personne qui écoute.

Ensuite, il y a les « premières réflexions », également appelées réflexions précoces ou early reflections en anglais. Il s’agit des tous premiers sons réfléchis dans la pièce et parvenant à l’auditeur — autrement dit, ces réflexions correspondent à des ondes sonores ayant rebondi une seule fois sur les parois de la pièce.

Ces premiers rebonds vont ressortir de manière généralement distincte, presque comme des échos, et vont nous donner sans que nous nous en rendions compte des informations cruciales sur la taille et la forme de la pièce. Ils aident également notre cerveau à repérer d’où provient le son.

Mais la réverbe n’est pas constituée uniquement de premières réflexions !

En effet, comme dans toutes les pièces, les ondes sonores émises vont rebondir dans tous les sens, de paroi en paroi, jusqu’à ce que leur énergie soit complètement dissipée dans la pièce.

On va donc avoir ce qu’on appelle des « réflexions tardives » ou late reflections en anglais, qui vont parvenir à l’auditeur de façon beaucoup plus rapprochée : c’est la queue de la réverbe, qui est donc composée de réflexions indissociables les unes des autres.

Ces réflexions tardives prennent alors l’apparence d’un son diffus, ne dépendant pas vraiment de la position de la source dans la pièce.

Par ailleurs, plutôt que de mesurer les réflexions secondaires de manière individuelle, on les quantifie plutôt en parlant de leur densité.

Qu’est-ce qui affecte les propriétés d’une réverbe ?

Les caractéristiques de réverbération diffèrent fortement d’une pièce à l’autre.

Typiquement, si vous enregistrez dans votre salon, dans votre salle de bain, dans un parking souterrain ou dans une église, vous aurez quatre sons complètement différents — que ce soit en termes de durée ou de réponse en fréquences.

Architecture de Saint-Paul de Londres
Chaque pièce, chaque bâtiment possède ses propres caractéristiques acoustiques, comme ici la cathédrale Saint-Paul de Londres (Photo CC BY-SA Matt Biddulph)

Pour simplifier, on peut considérer que ces variations sont principalement fonction de trois paramètres.

Tout d’abord, les matériaux présents dont sont constitués les murs et les objets de la pièce vont jouer un rôle important. Notamment en fonction de leur capacité d’absorption : un mur recouvert d’un rideau lourd résonnera moins qu’un mur couvert de carrelage.

Ensuite, la taille et la forme de la pièce vont également influer fortement sur la durée de la réverbération. Dans une petite pièce, la réverbération sera bien sûr beaucoup plus courte que dans une grotte immense.

Enfin, la position de la source sonore et de l’auditeur (ou, le cas échéant, du microphone) ont un impact sur le son de la réverbération, surtout en ce qui concerne les premières réflexions dont on a parlé au paragraphe précédent.

A quoi sert la réverbe durant le mixage ?

Dans le premier chapitre, nous avons vu une définition détaillée de la réverbe.

Ceci dit, ça ne nous explique pas à quoi elle sert dans le cadre du mixage audio… et c’est donc ce que nous allons voir maintenant.

Pourquoi ajouter de la réverbe sur une piste ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ajouter de la réverbe sur une piste durant le mixage ne sert pas uniquement à donner une sensation d’espace acoustique.

Profondeur

Lorsque je mixe un morceau et que j’ajoute un effet de réverbe, mon premier objectif est bien souvent de gérer la profondeur de l’instrument dans le mixage.

En effet, la réverbe possède un effet psychoacoustique intéressant puisque plus vous ajoutez de réverbe à un enregistrement, plus celui-ci paraît lointain.

(Cela veut dire qu’ajouter beaucoup de réverbe sur une piste de voix est probablement une mauvaise idée si vous souhaitez que celle-ci reste à l’avant plan de votre mix…)

Espace

Ensuite, ajouter une réverbe peut servir à donner une sensation de réalisme et d’espace 3D à un enregistrement qui aurait été enregistré de façon brute.

Par exemple, si vous enregistrez un quatuor classique avec des micros positionnés au plus proche des instruments, il est fort à parier que vous ayez besoin d’ajouter un peu de réverbe pour rendre le son plus doux à l’oreille et pour replacer les instruments dans un espace acoustique virtuel.

Cohésion

Autre raison d’utiliser une réverbe : apporter de la cohésion à un mix.

Imaginons que vous ayez plusieurs instruments qui aient été enregistrés dans des pièces ayant une acoustique différente.

Si vous essayez de les mixer ensemble, cette différence va sans doute ressortir et vous aurez du mal à donner une impression de cohésion, c’est-à-dire une impression d’avoir plusieurs instruments jouant au même endroit.

La réverbe peut alors aider à recréer un espace acoustique commun pour plusieurs prises de son.

Lissage

Enfin, dernière utilisation de la réverbe : le lissage d’erreurs.

Sur ce point, je trouve qu’il faut faire attention car la réverbe est tout sauf une baguette magique.

Toutefois, elle peut aider à corriger certains petits problèmes d’enregistrements, notamment en rendant les fréquences un peu plus douces.

C’est pour cela qu’une voix seule sonne souvent beaucoup mieux avec un peu de réverbe que sans…

Applications de la réverbe

Sur le principe, l’effet de réverbe peut être utilisé pour toutes sortes de pistes et de sources sonores.

Regardons toutefois quelques exemples de son utilité sur des sources courantes, à savoir la voix, la guitare et la batterie.

Utilisation de la réverbe sur la voix

La voix est très souvent un élément majeur du mix, que l’on essaie de garder en position centrale et frontale.

L’ambiance qu’elle dégage est donc particulièrement importante : dans certains cas, vous aurez besoin d’une voix feutrée, et dans d’autres cas vous aurez au contraire besoin de donner l’impression que le chanteur se trouve dans une salle de concert.

Ajouter de la réverbe est donc une étape courante du traitement des voix, mais il faut être prudent :

  • s’il y a trop de réverbe, les paroles risquent de se retrouver noyées dans le mix et de perdre de leur intelligibilité. Cela aura aussi pour effet de repousser la voix vers l’arrière du mix, ce qui est rarement voulu.
  • si par contre la piste manque de réverbe, vous aurez la sensation d’un son trop sec qui gêne l’oreille.

Imaginez par exemple ce que deviendrait la chanson de Björk avec une réverbe trop courte ! :

Ajouter la bonne réverbe et bien la régler est donc essentiel pour placer la voix dans un espace acoustique ; cela aidera d’ailleurs à masquer certaines imperfections de la voix ainsi qu’à lui donner une certaine épaisseur.

Utilisation de la réverbe sur la guitare

Sur les guitares, l’approche de la réverbe est assez différente.

Certes, on l’utilise parfois pour ajouter du réalisme aux enregistrements en les plaçant dans un espace stereo (je pense notamment aux prises de son de guitares acoustiques) — mais bien souvent on va plutôt chercher à donner de la profondeur à la guitare.

L’approche est beaucoup plus créative, la réverbe devenant souvent partie prenante du son de l’instrument.

D’ailleurs, certains genres musicaux se servent de la réverbe comme un véritable effet spécial : sans réverbe, les sensations ne seraient pas du tout les mêmes :

Utilisation de la réverbe sur la batterie

Pour la batterie, on est à nouveau dans une utilisation très différente des deux cas précédents.

Dans les années 80, l’utilisation de réverbe sur cet instrument avait tendance à le faire ressortir et lui donner une texture particulière, mais au détriment de tout réalisme :

Aujourd’hui, à l’inverse, la réverbe est plus souvent utilisée pour créer une illusion d’espace et apporter de la cohésion au kit de batterie, ou encore pour donner une impression de puissance type « batterie rock dans une salle de concert ».

Cependant, la batterie est parfois mixée sans réverbe — l’ingé son s’appuyant sur des microphones « room » positionnés dans la pièce pour gérer l’ambiance du kit.

Attention toutefois : si l’utilisation de réverbe peut masquer certains problèmes d’acoustique de la pièce dans laquelle la batterie a été initialement enregistrée, il ne faut pas en abuser, au risque de dénaturer le son de l’instrument et de le rendre moins percutant.

Les 6 principaux types de réverbe

Il existe bien entendu de très nombreux algorithmes de réverbe, chaque éditeur de plugin ou fabricant de réverbe hardware proposant ses propres innovations.

Toutefois, dans l’ensemble, les réverbes peuvent être classées en au moins 5 grands types, voire 6.

Pour illustrer chaque type, un exemple audio vous sera proposé, sur la base de cet enregistrement brut de batterie :

La réverbe Room

Les réverbes Room sont les plus simples à comprendre et à concevoir.

Une Room, c’est une pièce comme celle où vous êtes actuellement — ou bien celle dans laquelle je suis en train d’écrire cet article.

Exemple de Room
Une « Room » parmi d’autres

Bien entendu, différentes tailles de Room sont envisageables : un petit placard peut être une Room au même titre qu’un parking sous-terrain.

Les Rooms, en fait, sont des pièces apportant une couleur naturelle et vivace aux enregistrements. De fait, elles sont très souvent utilisées car elles permettent d’ajouter facilement un peu d’ambiance à n’importe quel enregistrement brut.

Même mixée subtilement au son de base, une réverbe Room peut aider à ajuster l’ambiance d’une piste d’une façon perçue comme naturelle par l’auditeur.

La réverbe Hall

Une réverbe de type Room, telle qu’on vient de la voir, apporte un son réaliste mais imparfait. C’est logique : les caractéristiques d’une pièce sont rarement pensées pour embellir la musique.

Par contre, c’est l’inverse dans le cas des salles de concert, dont l’acoustique est conçue pour mettre en valeur la musique qui y est jouée.

Exemple de Hall
La salle de concert de l’opéra de Sidney (Photo CC BY-SA BennyG3255)

Cela se traduit généralement par une réverbération plus longue et plus profonde, ainsi qu’une taille de pièce supérieure.

Les réverbes de type Hall, justement, cherchent à reproduire ce type de réverbération.

Bien souvent, si vous appliquez une réverbe Hall sur une piste, celle-ci deviendra plus agréable à l’écoute. Cependant, il y a un piège : la durée de la réverbe peut vite rendre votre mix brouillon en masquant le son des autres pistes.

Ce type de réverbe est donc à utiliser avec prudence, plutôt sur des instruments comme des cordes ou des synthétiseurs.

La réverbe Chamber

Entre les réverbes Room, Hall et Chamber, la confusion peut être rapide : dans le fond, toutes correspondent à des pièces…

Toutefois, la réverbe Chamber n’a rien à voir avec les deux premières — mais pour comprendre ce dont il s’agit, il faut revenir un peu en arrière dans le temps.

Le plugin Waves Abbey Road Chambers
Le plugin Waves simulant l’echo chamber d’Abbey Road

Avant que les racks de réverbes numériques ne soient disponibles dans les studios, les ingénieurs du son ont cherché à reproduire des réverbérations longues et denses sans avoir à enregistrer dans une salle de concert (Hall).

Pour ce faire, des pièces très spécifiques avec des surfaces particulièrement réfléchissantes ont été conçues. Il suffisait alors d’y positionner une enceinte et un microphone pour enregistrer des sons de réverbérations convaincants.

Ainsi, chaque grand studio avait (ou a encore) une de ces « echo chambers » — comme par exemple Abbey Road, aujourd’hui accessible à tous les home studios via un plugin dédié de chez Waves.

Les réverbes de type Chamber correspondent très précisément à ce type de pièces. Elles ont tendance à avoir une queue de réverbe plus longue que celle des Rooms, tout en étant plus claires que les Halls, ce qui les rend efficaces sur la plupart des instruments.

La réverbe Plate (« à plaque »)

Avec la réverbe à plaque, on passe sur un type de réverbe qui ne correspond pas à un vrai espace 3D, bien que conçu pour en simuler un.

Concrètement, une réverbe à plaque ou plate reverb en anglais consiste en une grande plaque en métal dotée d’un dispositif, similaire au driver d’un haut-parleur, permettant de mettre en vibration la plaque.

Une réverbe à plaque
La réverbe à plaque EMT 140 (photo extraite d’une brochure commerciale de l’époque)

Ces vibrations sont ensuite captées grâce à des microphones de contact — l’ensemble produisant un effet de réverbération s’atténuant au fur et à mesure.

Généralement, les réverbes à plaque possèdent aussi un bloc absorbant qui peut affecter les caractéristiques (et notamment la durée) de la réverbération.

En termes de sonorité, ces réverbes offrent un son dense, mais aussi plus brillant en début de réverbération que les autres types de réverbes, ce qui les rend plutôt efficaces sur les pistes de voix ou de caisse claire.

La réverbe Spring (« à ressort »)

Les réverbes à ressort fonctionnent selon le même principe que les réverbes à plaque, si ce n’est que la plaque en métal est remplacée par un ou plusieurs ressort(s).

C’est typiquement le genre de réverbe que l’on retrouve dans les amplis guitare.

Deux réverbes à ressort
Des réverbes à ressort (photo CC BY-SA George P. Macklin)

En termes de son par contre, rien à voir avec les réverbes à plaque : les réverbes à ressort ont vraiment un son… de ressort. En effet, elles produisent des résonances très typiques avec beaucoup d’énergie dans les médiums, ce qui les rend particulièrement reconnaissables.

De fait, ce type de réverbération n’est que rarement employé car trop peu réaliste pour être utilisé sur toutes les pistes d’un mix.

La réverbe à Convolution

Nous avons vu jusqu’à présent les 5 principaux types de réverbes existants.

Toutefois, il existe encore ce que je considère être un sixième type, à savoir la réverbe à convolution.

Alors de quoi s’agit-il ?

Concrètement, une réverbe à convolution va utiliser un sample enregistré dans un endroit réel (par exemple une pièce, une grotte, une forêt…). Ce sample est généralement appelé réponse impulsionnelle ou impulse response (IR) en anglais.

Via un algorithme somme toute assez simple, il est alors possible de simuler la réverbération de l’endroit où l’impulsion a été enregistrée.

Plugin de réverbe à convolution
Un exemple de plugin de réverbe à convolution, Convology XT

Cela veut dire que vous avez la possibilité d’envoyer n’importe quelle piste dans votre réverbe et ainsi de reproduire facilement l’acoustique de salles de concert ou de studios célèbres en appliquant leur réverbération caractéristique.

Vous avez même la possibilité d’enregistrer vous-même des Impulse Responses et de les utiliser dans vos mixages, si cet aspect créatif vous intéresse. J’écrirai dans quelques temps un article sur le sujet, sans doute avec une petite vidéo 🙂

Par exemple, voici une simulation de la réverbe du parking de ma résidence, basé sur une Impulse Response que j’ai moi-même enregistrée :

Les paramètres des réverbes

Il existe énormément de plugins et de matériels hardware permettant de générer des réverbes, chacun avec ses spécificités.

Toutefois, un certain nombre de réglages reviennent de façon standard, aussi est-il important de bien comprendre leur signification et leur impact sur les caractéristiques acoustiques des réverbérations.

Exemple de réglages d'une réverbe
VintageVerb de ValhallaDSP, une excellente réverbe mais avec de nombreux réglages

Decay ou Decay time

Le Decay est la durée (en millisecondes ou en secondes) de la queue de la réverbe. Une pièce large aura un Decay important, tandis qu’une petite pièce aura un Decay faible.

Size

Parfois nommée Depth (profondeur), il s’agit de la taille de la pièce simulée. Dans la même idée que le Decay, une Size importante générera des réflexions plus longues.

Diffusion

La Diffusion permet de gérer l’espacement entre les différentes réflexions, ce qui se traduit par une sensation de densité plus ou moins grande de la réverbe.

Une réverbe avec un réglage de Diffusion élevé aura un son plutôt englobant mais peu défini, là où une Diffusion faible donnera un son plus granulaire dans lequel on commencera à ressentir la distance entre les réflexions.

Damping

Le Damping permet de contrôler les capacités d’absorption de la pièce simulée. Autrement dit, un Damping élevé signifiera que les parois de la pièce sont constituées de matériaux très absorbants.

Ce réglage se traduit généralement par des formes d’égalisation, qui diffèrent suivant les plugins. Par exemple, un Damping dans les aigus prendra parfois la forme d’un filtre EQ shelf, tandis que dans les basses il s’agira d’un filtre en cloche.

Pre-delay

Le Pre-delay est un réglage particulièrement important, qui contrôle la durée (en millisecondes ou en secondes) entre le son initial et les premières réflexions.

Pour éviter qu’un son se noie dans la réverbe, n’hésitez pas à augmenter légèrement ce delay pour décaler légèrement la réverbe dans le temps (20 ou 30 ms peuvent suffire !).

Astuce : si votre réverbe ne possède pas de réglage de Pre-delay, vous pouvez en simuler un grâce à un plugin de delay réglé de façon à avoir un écho unique.

Egalisation

Bien que vous puissiez bien sûr ajouter votre propre plugin d’égalisation après votre réverbe, certains plugins intègrent nativement des options d’égalisation.

Généralement, toutes les réverbes nécessitent d’être un peu égalisées, au moins en filtrant un peu les basses et un peu les aigus — aussi vous pouvez vous appuyer sur ces fonctionnalités préintégrées pour cela.

Modulation Depth & Modulation Rate

Pour finir, de nombreuses réverbes proposent des paramètres de modulation, appelés généralement Modulation Depth (Profondeur de Modulation) et Modulation Rate (Rythme de Modulation).

Ces deux réglages permettent d’ajouter une modulation au sein de la queue de la réverbe. Cela permet d’adoucir certains artefacts ou, si vous poussez un peu les réglages, d’aller jusqu’à un son qui ressemble plus à un chorus.

Le paramètre de Modulation Depth contrôle alors la quantité de modulation, tandis que le Modulation Rate contrôle la rapidité de ces modulations.

Comment régler une réverbe ?

Sur la base des précédents chapitres de cet article, vous devriez déjà avoir une bonne vision de ce qu’est une réverbe et quelques idées sur la façon dont vous pouvez en utiliser une sur vos mixages.

Toutefois, il me semble important d’ajouter à tout cela une proposition de méthode pour vous aider à choisir la bonne réverbe et à bien la régler lorsque vous l’ajoutez sur une piste.

Voici donc ce que je vous conseille de faire…

Etape 1 : Définir une direction sonore

Avant d’ajouter un plugin de réverbe, il faut absolument se poser un certain nombre de questions, comme par exemple :

  • Ai-je besoin d’une réverbe réaliste, ou pas ?
  • Est-ce qu’une réverbération longue sera adaptée ? Ou au contraire faut-il quelque chose de très court qui va juste donner un peu de profondeur au son ?
  • La réverbe doit-elle être subtile ou pas ? Dense, ou non ? Brillante, ou au contraire très sombre ?

Pour répondre à toutes ces questions, vous allez avoir besoin de choisir la direction dans laquelle vous voulez amener votre mix.

Typiquement, si vous êtes en train de mixer un morceau de musique classique, vous n’allez probablement pas choisir une réverbe aux sonorités très modernes et très créatives. Par contre, si vous mixez un morceau de rap, vous pourrez sans doute vous permettre plus de latitude sur le choix de la réverbe.

Astuce : N’hésitez pas à vous appuyer sur des mix de référence, c’est-à-dire des morceaux d’autres artistes qui ressembleraient à ce que vous voulez faire de votre propre morceau.

Etape 2 : Choisir la réverbe

Sur la base des éléments mentionnés dans le paragraphe précédent, vous devriez pouvoir choisir assez facilement votre réverbe.

Peut-être s’agira-t-il d’un matériel hardware que vous avez dans votre studio, ou alors plutôt de plugins.

(N’hésitez pas, d’ailleurs, à aller voir ma sélection de plugins de réverbe gratuits si vous cherchez à diversifier votre collection…)

Exemple de plugin de réverbe pour le mixage
Un exemple de plugin de réverbe

Une fois le plugin ajouté, si lorsque vous faites vos réglages vous vous rendez compte que vous n’arrivez pas à avoir le son que vous voulez, n’hésitez pas à passer à un autre plugin

En effet, chaque effet a sa propre signature sonore, et la réverbe à plaque qui marchait très bien sur votre précédent morceau devra peut-être être remplacée par une autre réverbe à plaque sur ce nouveau morceau que vous êtes en train de mixer.

Remarque : si votre réverbe semble trop dense quoi qu’il se passe, n’hésitez pas à essayer un plugin de delay à la place.

Etape 3 : Parcourez les presets

Certaines méthodes vous recommanderaient peut-être de vous plonger directement dans les réglages de votre réverbe.

Le problème, c’est que si vous débutez vous n’allez pas les maîtriser assez pour faire quelque chose de vraiment bien — et si vous êtes un peu plus expérimenté(e) vous n’aurez pas envie de perdre du temps à recréer un set de réglages à partir de zéro.

Aussi, la méthode que je vous propose ici est beaucoup plus pragmatique.

En effet, je vous conseille tout simplement de commencer par parcourir les presets de votre plugin de réverbe.

Si vous suivez Projet Home Studio depuis un certain temps, vous savez sans doute que je ne porte pas les presets dans mon cœur pour ce qui est des EQ et des compresseurs, mais pour les réverbes je trouve qu’ils ont un vrai avantage.

Parcourez-donc les presets de votre plugin, un par un, jusqu’à ce que vous trouviez celui qui sonne à peu près comme ce que vous aviez imaginé.

Dès que vous en avez trouvé un, vous pouvez passer à l’étape 4.

Etape 4 : Ajustez les réglages

Une fois que vous avez trouvé un preset qui correspond à ce dont vous aviez besoin, c’est à ce moment que vous allez pouvoir vous plonger dans les réglages.

Vous aimez ce son de réverbe à ressort, mais vous aimeriez qu’il soit un peu plus long ? Ajustez le Decay.

Vous appréciez le son de Room que produit un preset, mais lorsque vous écoutez votre mix vous avez l’impression qu’il est trop long et trop brillant ? Essayez d’ajuster les options de Size et de Damping.

La réverbe noie un peu trop le son d’origine ? Peut-être qu’un Pre-delay plus élevé pourrait aider…etc.

Etape 5 : Égalisez votre réverbe

Une fois que le son de votre plugin vous convient, je vous conseille très fortement de sortir un égaliseur pour l’ajuster.

Il faut en effet apporter une attention toute particulière aux basses et aux aigus.

Ce n’est pas parce qu’une réverbe sonne très bien lorsque vous l’écoutez seule qu’elle sonnera toujours bien lorsque vous l’intégrerez au mix complet.

Exemple d'égalisation d'une piste de réverbe
Un exemple d’égalisation de la réverbe

Bien souvent, de l’énergie va s’accumuler dans les basses et les médiums, ce qui va rendre le mix confus et brouillon. Un filtre passe-haut devrait aider à corriger ce type de problème.

Dans la même idée, trop d’énergie dans les aigus de votre réverbe risque de la rendre trop audible, de la faire trop ressortir. Si c’est le cas, un filtre passe-bas ou high-shelf pourra sans doute vous aider à contrôler ces hautes fréquences.

Etape 6 : Ajustez le niveau de la réverbe dans le mix

Dernière étape : le niveau.

Prenez le temps de bien ajuster le niveau de votre réverbe vis-à-vis de celui des autres pistes.

Généralement, comme vous aurez positionné votre plugin de réverbe sur une piste auxiliaire (en SEND), ajuster ce niveau sera vraiment facile.

Soyez toutefois prudent(e) : bien souvent, avec la réverbe, il vaut mieux y aller assez doucement pour éviter que celle-ci noie la piste ou prenne le pas sur le reste du mix.

Si nécessaire, n’hésitez pas à faire varier le niveau de la réverbe en fonction des sections de votre morceau grâce à l’automation.

En conclusion

Voilà, entre la méthode que vous venez de voir et toutes les informations contenues dans le reste de l’article, vous devriez avoir toutes les billes pour pouvoir utiliser vos réverbes dans vos mix.

Pour aller plus loin dans votre apprentissage du mixage, n’hésitez pas à lire également mon dossier sur l’égalisation ! 🙂

Commentaires (34)

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  1. Yaovann Répondre

    Voilà un excellent article ! Simple, clair, concis et ludique. Encore un excellent travail, comme toujours j’ai envie de dire !

  2. Nicolas Répondre

    très intéressé d’ailleurs concernant la partie  » Impulse Responses » 🙂

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Ah, c’est la partie un peu amusante, un peu expérimentale – j’aime beaucoup aussi ! 🙂

  3. Marc Répondre

    Merci pour tous ces dossiers, c’est vraiment très compréhensible, vulgarisé mais pas simpliste. Celui sur la reverb est très complet et a clarifié quelques notions théoriques sur lesquels je pourrai m’appuyer en plus de l’intuition 😉 ! Vivement les prochains posts !

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Merci beaucoup du commentaire, content que l’article vous ait plu ! 🙂

  4. Marc Répondre

    Ah ! J’ai oublié… une question :
    Sur Samplitude comment fait-on pour créer une piste auxiliaire pour y mettre les effets – dont la reverb ?
    Jusqu’ici je les dose directement sur les pistes wav, mais je sais que je dois pouvoir mieux faire pour avoir une finesse de réglage améliorée…
    Merci !

  5. Christian Simon Répondre

    Excellent travail.
    J’ai toujours utilisé 2 réverbérations, Lexicon et Roland.
    Une réglée pour l’aigu, l’autre pour le médium et bas médium.
    Une balance entre les deux suivant ce que l’on désire.
    A cela j’ajoutais un très léger délay ping pong de chez Roland, il se noyait dans les deux réverbs, on ne l’entendait pratiquement pas, il donnait un superbe effet.
    Je précise que les 2 effets Roland dataient des années 70.

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Merci pour ce commentaire – par curiosité, quels sont les modèles de réverbe en question ? Lexicon PCM 70 ou quelque chose comme ça ?
      Très intéressant comme retour d’expérience, comme quoi il faut expérimenter ! 🙂

  6. Stéphane JACQUES Répondre

    Merci beaucoup,n c’est une découverte et de précision pour moi.

  7. groslezard Répondre

    Super article ! Pour ma part je m’en sers sur la voix (profondeur), les OH/charley (brillance), guitare (adoucir) et sur le mix pour homogénéiser. Des fois sur la caisse claire pour donner un petit coté cold wave/post-punk… J’ai tendance à préférer la plate et la chamber, je n’utilise jamais la hall (comme dis dans l’article, ça devient vite brouillon).

    Pour les plus campagnards, vous pouvez avoir de très beaux OH avec reverb naturelle dans les vieilles granges en pierre sans étages (sauf si toits en tôle ondulée). Si en plus il y a un peu de bois de chauffage stocké, cela fera un très bon piège à son pour les fréquences plus basses ! 🙂

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Merci beaucoup pour ton comm 🙂
      « J’ai tendance à préférer la plate et la chamber, je n’utilise jamais la hall » => effectivement, moi aussi. Beaucoup de plate ! 🙂
      « vous pouvez avoir de très beaux OH avec reverb naturelle » => effectivement, bonne remarque !

      • groslezard Répondre

        Quand j’enregistre dans ma grange je ne mets jamais de reverb pour les OH, le résultat est naturellement bon (hauteur de plafond/espace). Il y a une légère résonance dans les mids aigus, qui est vraiment bonne, et pas besoin de retouche, ça brille…

        Je comprends mieux pourquoi john bonham a enregistrer l’album de led zep dans le hall, ou la config du blackbox studio a angers. 😉

          • groslezard

            Sympa le studio ! Un peu faible en ampli guitare, mais je leur pardonne ils ont un hiwatt custom 100 😉

          • Adrien Administrateur /

            Haha il y a du matos en tous cas ! 🙂

  8. Digital Expérience Répondre

    Quand j’ai reçu le mail, je ne m’attendais pas du tout à un article autant détaillé, simple et technique en même temps. Du très beau travail 🙂 et en plus ? Gratuit!
    Adrien: merci

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Merci beaucoup de retour 🙂 Et oui, gratuit 😀 !
      A bientôt,
      Adrien

  9. Christian Simon Répondre

    Bonjour Adrien,
    Tout d’abord, j’utilisais une console Presonus, avec beaucoup de matériels vintages, Lexicon, Eventide, DBX, SSL, Aphex type B et C, etc. . . Pour les monitors ; 2 paires de Focal.
    Pas de PC, mixé à l’ancienne.
    Pour les réverbérations utilisées ;
    La Roland SRV 2000.
    La Digitech RV 7 – pédale, à essayer, se vends d’occasion actuellement sur ebay entre 250 et 300 €.
    J’avais essayé la pcm 70, j’ai préféré la rv 7, je trouvais les réverbs meilleures.
    Pour le ping pong, Roland SDE 2000.
    Tout en stéréo.
    J’ai vendu l’ensemble de mon matériel suite à un déménagement, j’ai acheté un imac afin de travailler différemment, pas facile le changement.
    Christian

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Très intéressant, merci du partage — effectivement ça doit changer de passer 100% sur PC 🙂
      Adrien

  10. Michel SIMON Répondre

    Très bon article, très bien fait et précis, merci à toi.

    il n’y plus qu’a ce mettre au travail !

    Michel

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