EQ : 10 Erreurs Courantes d’Égalisation à Éviter

Lorsque j’ai commencé à mixer mes propres morceaux, je n’ai pas perdu de temps et j’ai vite ajouté des égaliseurs sur mes pistes en m’appuyant sur les conseils collectés ici et là, sur le net ou ailleurs.

Si je me rendais compte que bien régler un égaliseur était plus compliqué qu’il n’y paraissait, c’était au moins un effet dont je comprenais le fonctionnement… 🙂

Mais ce faisant, je suis tombé dans à peu près toutes les erreurs à ne pas commettre concernant l’égalisation.

Pour vous éviter de faire les mêmes, voici donc une sélection des 10 erreurs les plus souvent faites par les débutants en mixage — avec bien sûr une série de bonnes pratiques à suivre en regard.

Exemple d'une égalisation anormale

1. Essayer d’égaliser des enregistrements de mauvaise qualité

Le contexte d’un home studio n’est pas toujours propice à des enregistrements parfaits.

Même avec du bon matériel, un certain nombre de paramètres rentrent en jeu comme bien sûr l’expérience, mais aussi et surtout l’acoustique de la pièce.

Ce qui nous donne donc des enregistrements souvent imparfaits — et c’est important d’en avoir conscience.

Toutefois, sous prétexte d’enregistrer en home studio, ce serait une erreur que de dire « Oh, je laisse l’enregistrement comme ça, je corrigerai les problèmes dans le mix ! ».

Certes, les EQ sont des outils puissants.

Mais ils ne peuvent pas créer du contenu fréquentiel qui n’existe pas. Ce ne sont pas des baguettes magiques.

Si votre prise de guitare manque complètement de basses et n’a donc pas le timbre que vous recherchez à la base, vous n’allez pas pouvoir les ajouter avec un EQ.

Si votre voix semble très sombre, parce que le micro que vous avez utilisé n’est pas assez brillant ou mal positionné, vous aurez beaucoup de mal à corriger ça durant le mixage.

Dans la même idée : si votre pièce résonne énormément, et qu’elle teinte du coup tous vos enregistrements, n’espérez pas obtenir un enregistrement magnifique après égalisation. Vous pourrez sans doute atténuer les principales résonances, mais c’est tout…

Conclusion : assurez-vous d’avoir des enregistrements s’approchant le plus possible de la cible sonore que vous vous êtes fixée.

2. Egaliser sans objectif

Est-ce qu’il vous arrive d’ajouter un EQ sur une piste par habitude ou bien parce que vous avez entendu quelque part que, pour tel instrument, il fallait amplifier telle bande de fréquences de tant de décibels ?

Si vous avez répondu « oui » à cette question, ce point de l’article va particulièrement vous concerner — parce qu’il ne faut absolument pas faire tout ça ! 🙂

Admettons que vous ayez cette piste de guitare :

Peut-être allez-vous choisir de booster les médiums, qui sont nettement en retrait :

Mais si la piste de départ ressemblait à cela, feriez-vous le même choix ? :

Probablement pas.

Chaque piste, chaque enregistrement est différent.

Si les presets peuvent parfois être des points de départ acceptables, il est beaucoup plus important et essentiel de définir votre objectif avant d’ajouter un égaliseur.

Posez-vous à chaque fois des questions du style :

  • Quel est le problème que j’entends et que je souhaite corriger ?
  • Quel est l’aspect de l’instrument que je souhaite faire ressortir ?
  • Quel est le type de son que je souhaiterais avoir après égalisation ?

Une fois votre objectif fixé, vous pouvez alors sélectionner votre plugin d’égalisation et corriger la piste.

D’ailleurs, un EQ n’est pas toujours la solution. Par exemple, lors du mixage des voix, on peut très bien utiliser l’égalisation pour faire ressortir une voix dans les médiums, mais la compression peut aussi y contribuer.

3. Egaliser les pistes en solo

Le bouton solo d'un séquenceur
Evitez d’égaliser en solo

Bien souvent, on a tendance à égaliser les pistes en mode solo, c’est-à-dire en écoutant la piste seule — hors du contexte du mix.

Pour corriger les problèmes d’enregistrement, comme des résonnances, c’est idéal puisque cela permet d’appliquer l’effet avec précision sans être distrait par le son d’autres pistes.

Par contre, à partir du moment où l’on fait des actions d’équilibrage de fréquences, pour faire ressortir ou au contraire pour atténuer telle ou telle bande de fréquences, il est absolument essentiel d’égaliser la piste en écoutant la totalité du mix.

J’aime parler à ce propos de « contexte du mix » : mixer une piste, c’est bien la mixer par rapport aux autres.

Par exemple, même s’il s’agit d’une piste de voix, on n’égalise pas de la même façon une voix lead et des chœurs.

Autre exemple : le kick et la basse sont deux instruments qu’il est difficile de faire cohabiter car ils possèdent de l’énergie sur les mêmes fréquences.

Du coup, si vous les égalisez séparément, vous n’aurez aucune possibilité de prédire si le mélange des deux sera efficace.

Conclusion : toujours égaliser en écoutant le reste du mix.

Dans cette optique, deux stratégies peuvent être suivies :

  • soit vous écoutez la totalité du mix ;
  • soit vous n’écoutez que certaines pistes (il m’arrive assez souvent de désactiver la voix, qui peut distraire).

Enfin, il est important de souligner le fait qu’il n’est pas non plus interdit de mettre une piste en solo : je le fais très souvent, mais je vérifie en permanence ce qu’il se passe dans le contexte du mix, après chaque action d’égalisation.

4. Amplifier des fréquences avant de les couper

Premier réflexe quand on utilise un égaliseur, c’est de booster ce que l’on aime bien.

« Tiens, j’aime bien les basses de ce kick, donc pour mieux les entendre je vais les mettre à +6 dB ».

Sans que ce soit nécessairement faux (Andrew Scheps est notamment friand de cette technique), c’est plutôt une fausse bonne idée, surtout si vous débutez.

En effet, c’est une bien meilleure pratique que de couper d’abord les fréquences posant problème.

Avez-vous corrigé les problèmes de votre piste avant de booster certaines fréquences ?

Le raisonnement, derrière cette technique, est plutôt simple : si l’on retire ou atténue tous les problèmes d’une piste, il ne va rester que les aspects positifs.

C’est seulement ensuite, une fois les problèmes de fréquences contrôlés, que vous pouvez utiliser l’égalisation additive pour amplifier telle ou telle bande de fréquences qui le nécessiterait — mais cette fois-ci, vos boosts seront sans doute moins marqués et donc beaucoup plus transparents et musicaux.

5. Penser que booster de +10 dB, c’est mal

On lit souvent qu’il ne faut pas égaliser à plus de 5 ou 6 décibels.

Autrement dit, que si vous dépassez 6 dB, « ce n’est pas bien ».

L’argumentaire derrière est assez logique : si vous avez besoin de booster une bande de fréquences de plus que 6 dB, eh bien c’est sans doute que la prise de son a mal été faite (cf. le tout premier conseil de cet article).

Cependant, il ne faut pas oublier l’un des principaux adages du mixage, qui est que « si ça sonne bien, c’est que c’est bien ».

Aussi, il ne faut surtout pas avoir peur de booster une bande de fréquences de +10 db si jamais ça sonne mieux après !

Appliquer une égalisation importante n’est pas toujours une mauvaise idée (mais bien sûr il faut être prudent)

Certes, si la prise de son peut être améliorée pour éviter ce genre d’égalisation, c’est toujours mieux.

Mais dans de nombreux cas, ce boost de 10 dB sera indispensable pour que votre piste prenne la forme que vous voulez.

N’hésitez pas, du coup, à faire des égalisations marquées et franches, plutôt que de vous limiter avec des règles trop strictes.

6. Passer trop de temps à égaliser

Voici une erreur que j’ai souvent faite dans le passé : lorsque je voulais égaliser une piste, je prenais mon égaliseur paramétrique favori et j’essayais de détecter tous les petits problèmes si minimes soient-ils, pour les corriger.

De même, j’essayais d’appliquer tous les conseils que j’avais pu lire ou entendre en termes d’EQ.

Résultat, je me retrouvais souvent avec des courbes qui ressemblaient à ça (après une bonne demi-heure passée à corriger des choses) :

Ne passez pas trop de temps à égaliser vos pistes

En comparaison, sur de nombreuses tables de mixage ou autres appareils analogiques, les modules d’égalisation ressemblent à ça :

Tranches d'égaliseurs analogiques
Egaliseur8 tranches d’égalisation Neve

Donc, deux filtres et trois ou quatre bandes d’égalisation, avec des réglages moins détaillés que beaucoup d’EQ logiciels.

Dans ce cas, il n’y a donc pas la possibilité, nativement, d’ajouter 10 filtres en cloche différents.

La conclusion est immédiate : plutôt que de passer des heures à faire des micro-égalisations de problèmes que vous n’êtes pas sûr(e) d’entendre, essayez d’aller à l’essentiel.

Astuce : essayez d’utiliser des plugins d’EQ ayant peu de réglages différents, voire reproduisant les tranches de console, pour vous aider à vous concentrer sur le son.

Corrigez les principaux soucis de l’enregistrement, boostez les aspects que vous souhaitez entendre plus, et c’est fini.

Surtout si vous débutez, arriver à 80 ou 90% de la cible est déjà très bien !

Évitez donc de complexifier l’égalisation pour ne pas nuire à vos mix.

7. Mettre des filtres passe-haut sur tout

Lorsque l’on égalise une piste, les premières actions consistent en général à la nettoyer.

C’est-à-dire, à retirer les résonances et à atténuer les bandes de fréquences gênantes à l’oreille parce que trop brouillonnes, trop nasillardes ou trop agressives.

Pour faire ce nettoyage, on a souvent tendance à commencer par un filtre passe-haut (ou coupe-bas, c’est la même chose), pour retirer le bas du spectre.

Sur certains instruments, ajouter un tel filtre est presque automatique : vous aurez sans doute du mal à entendre proprement votre basse si le bas du spectre de vos guitares n’est pas un peu coupé.

Toutefois, je vous déconseille d’appliquer ce filtrage de façon trop systématique, en coupant les basses < 50 Hz sur toutes les pistes.

En effet, si vous faites ça, votre mix va perdre en puissance.

Autant certaines pistes bénéficieront sans aucun doute de l’ajout d’un filtre passe-haut, autant si vous appliquez ce traitement sur toutes les pistes ces fréquences seront juste inexistantes et le mix perdra en chaleur/en corps.

Remarque : bien entendu, ces remarques s’appliquent également aux filtres passe-bas.

8. Corriger les problèmes de fréquences sur les buss

A nouveau une erreur assez courante : commencer un mix en ajoutant un égaliseur sur un buss (= un groupe de pistes) ou même directement sur le master.

Ou pire : pré-régler un égaliseur (+2 dB sur les basses, filtre high-self sur les aigus…) et le positionner comme ça, sur le master.

Oui, il est possible d’utiliser des EQ sur un buss.

Non, il ne faut pas commencer par là pour égaliser une piste.

Que se passe-t-il lorsqu’on égalise un groupe de pistes ?

Eh bien, les pistes sont d’abord sommées, donc additionnées, au niveau du groupe pour devenir un signal stereo — puis ce même signal est envoyé dans votre égaliseur.

Maintenant, admettons que vous constatiez que certaines fréquences s’accumulent dans les médiums et que cela rende votre mix brouillon.

Si vous atténuez ces fréquences au niveau d’un buss ou du master, vous n’aurez pas corrigé le problème : vous aurez diminué son volume par rapport aux autres fréquences — mais vous aurez aussi perdu en puissance dans les médiums.

Autrement dit, vos médiums seront toujours brouillons, mais moins audibles.

La conséquence de tout ça, c’est qu’il est préférable de prendre le temps d’identifier piste par piste ce qui pose problème, et donc de corriger vos EQ au niveau des pistes.

Certes ça peut sembler long, mais c’est essentiel pour avoir un mix de qualité : dans le mixage, il n’y a que rarement des raccourcis.

9. Ne pas utiliser la fonction de Bypass

Les égaliseurs possèdent souvent une fonctionnalité de bypass, c’est-à-dire un bouton permettant d’activer et désactiver l’effet à volonté.

S’il n’y en pas, il reste toujours la possibilité de désactiver le plugin directement depuis votre DAW.

Ce bouton, malheureusement, est trop peu utilisé — alors qu’il est essentiel pour les actions d’égalisation.

Je m’explique :

Lorsque vous égalisez une piste, il peut être tentant d’aller toujours plus loin, de toujours ajouter un ou deux dB ici ou là.

Au fur et à mesure des actions d’égalisation, on perd ainsi de vue l’objectif que l’on essayait d’atteindre : le léger soulèvement des aigus que l’on imaginait pour donner de l’air à la voix se transforme en boost marqué de +6dB.

Pour éviter cela, il est essentiel de faire en permanence des « avant/après » en utilisant la fonction de bypass, pour vérifier à chaque instant l’impact des modifications que vous avez apportées — et notamment vous assurer que ces modifications améliorent bien votre mix.

10. Ne jamais essayer l’égalisation dynamique

Pour terminer cet article, je vous propose de nous pencher sur une erreur qui n’en est pas tout à fait une, dans le sens où il s’agit d’expérimenter avec d’autres types d’effets.

La plupart des EQ sont statiques : les courbes d’égalisation que vous appliquez seront les mêmes sur tout le morceau, et peu importe le niveau sonore de la piste.

Toutefois, dans certains cas, on se retrouve face à des problèmes qui ne se manifestent que par moments.

Par exemple, une résonance d’une note particulière qui devient agressive.

Ou alors une piste de voix avec une bande de fréquences un peu nasales qui ne gênent que sur certains mots.

Dans ce cas, il peut être intéressant d’utiliser un égaliseur dynamique, un effet qui ressemble sous bien des aspects à un compresseur multibande.

Au lieu d’avoir une égalisation statique, l’EQ dynamique vous permettra d’appliquer l’égalisation en fonction du niveau de la bande de fréquences.

Du coup, vous pourrez faire en sorte que votre égalisation d’une résonance ne soit appliquée que lorsque cette dernière est présente.

Un module d’EQ Dynamique (iZotope Ozone)

En conclusion

En vous forçant à éviter ces erreurs (même si certaines sont peut-être déjà des habitudes), vous allez voir la qualité de vos mix augmenter.

Vous maîtriserez mieux les fréquences et le mixage en sera facilité.

Toutefois, s’il n’y avait qu’un seul point à retenir, je pense que ça serait le #6 sur le fait de passer trop de temps à égaliser. Avec vos égaliseurs, essayer avant tout d’aller à l’essentiel.

Du moins, dans un premier temps — plutôt que de chercher à égaliser vos pistes de façon absolument parfaite.

Mieux vaut avoir un bon mix proche à 90% de la cible de qualité que vous vous êtes fixée, plutôt qu’un mix jamais terminé 😀

Pour aller plus loin, je vous recommande de lire mon guide détaillé sur l’égalisation, qui contient des liens vers un certain nombre de ressources similaires.

Commentaires (6)

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  1. DiGiTaLiKs Répondre

    Bonjour
    Merci c’est vraiment utile et intéressant j’ai Justement reconnu quelques mauvaises petites habitudes que je fais…que je vais pouvoir corriger maintenant
    Merci encore pour ces bons conseils

    DiGiTaLiKs

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Bonjour,
      Merci bien pour ce commentaire, content de lire que l’article était utile 🙂
      Adrien

  2. Alain Fabre Répondre

    La seule chose qui compte pour moi, c’est ce que j’entends (ou que je n’entends pas). Faire les corrections systématiquement est contre productif. Merci pour tous vos conseils très pertinents.

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Je suis d’accord, ce qui importe, c’est ce qu’on entend !
      Merci du message 🙂

  3. Dani A Répondre

    Les conseils que vous donnez sont les bons. Mais il y a un paramètre qu’il ne faut pas négliger. Et c’est le principal outil d’enregistrement/EQ/mastering à dispo: l’oreille. L’oreille demande à être éduquée et ménagée. Sans oreille, avec tous les plugins du monde, c’est mal barré. Donc c’est le premier paramètre. Merci pour tous vos articles

    • Adrien Administrateur / Répondre

      Merci pour votre commentaire — Oui je suis d’accord, c’est vraiment super important, et il y a nécessairement un temps d’éducation de l’oreille 🙂

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