POUR
La diversité des moteurs de synthèse et des effets
les possibilités offertes par le layering
les presets d'usine superbes
les mises à jour très fréquentes
l'interface redimensionnable
CONTRE
La partie édition austère au premier abord
pas encore de moteur de wavetables standard
les quelques complexités pour mixer certains types de modules
le manuel utilisateur incomplet
S’il y a bien un synthétiseur logiciel qui est passé sous nos radars depuis quelques années, c’est lui.
Hyperion, développé par Wavesequencer Virtual Instruments, est un synthétiseur modulaire multi-couches disponible aux formats VST3, AU et standalone (Windows et macOS), vendu 129 $ chez Tracktion.
Nous l’avons vraiment découvert enfin au SynthFest France 2026, et nous avons tenu alors à vous en parler !
Derrière Wavesequencer, il y a un seul homme : Paul Carter, développeur et musicien qui a fait le tour de monde avant de s’installer en Californie, avec un parcours professionnel dans l’industrie des semi-conducteurs et une passion assumée pour les sonorités électroniques des années 80.
En 2021, il décida de se lancer dans ce projet d’environnement modulaire complet, qu’il n’a pas cessé de le mettre à jour depuis, en y rajoutant des nouveaux modules de génération ou de traitement sonore.
Le résultat : Hyperion, un environnement modulaire complet, avec des dizaines de modules à patcher librement, jusqu’à 16 layers de patchs polyphoniques compatibles MPE, plusieurs moteurs de synthèse (soustractive, FM, modèles physiques, sampling, granulaire…), des modules logiques ou de génération de notes, une gamme d’effets (filtres, distorsions, réverbération, modulation, encore du granulaire etc.).
Les dernières versions en date ont notamment ajouté des modules de formants, un résonateur, une émulation du moteur Steampipe sur Native Instruments Reaktor qui a été fabriqué en hardware par Erica Synths, un oscillateur Lo-Fi, et pas mal de corrections sur le MPE.

Chose intéressante, Hyperion a beau être un instrument virtuel qui permet de fait une certaine polyvalence dans les sonorités en fonction de la direction suivie par les sound designers, le projet revendique ouvertement un héritage sonore de Vangelis, Jean-Michel Jarre et Brian Eno.
C’est très frappant dès les premières minutes d’utilisation comme nous allons le voir, avec une orientation assumée sur les sons d’usine, qui disent aussi quelque chose des goûts du développeur, et qui transforme le plug-in en véritable machine à synthwave.
Une approche singulière de la synthèse modulaire
Il existe des dizaines de manières très différentes de fabriquer un synthétiseur modulaire, y compris lorsqu’on se contraint au software, dans lequel on va devoir tenir compte de l’environnement logiciel + éventuellement contrôleurs et clavier souris.
Que ce soit sur la partie interaction pour le musicien live, fabrication de patchs pour le sound designer ou possibilités que l’on veut rend accessible côté développeur, chaque produit du marché a su proposer une formule très différente : minimalisme et design à l’économie chez u-he Zebra 3, reprise des paradigmes de la synthèse modulaire façon Eurorack dans VCV Rack 2, mixage de plusieurs paradigmes de design graphique chez Native Instruments Reaktor avec possibilité de créer ses propres modules de multiples manières, approche plus austère mais beaucoup plus complète dans UVI Falcon… etc.
Dans Hyperion, le cœur de l’édition se fait dans un environnement 2D dans lequel on insère des modules, qui présentent de manière visible leurs entrées à leur sommet, et des sorties en dessous.
On peut alors les patcher ensemble via des nœuds à la souris, en fonction du type d’entrée sortie (paramètre du module modulable, audio ou contrôle), et du type de module. Ceux-ci sont d’ailleurs classés par couleur, selon qu’ils soient des processeurs audio par voix de polyphonie, des effets en sortie de mix de voix, des données par voix ou des données globales.
Cette distinction entre données par voix et données globales est au cœur du concept, et c’est ce qui permet à Hyperion d’être un vrai synthétiseur polyphonique modulaire, là où un VCV Rack pense fondamentalement en mono comme un système Eurorack.

Concrètement, on patche tout à la main : les modulations bien sûr, mais aussi le mixage des voix, avec des modules dédiés (mixeurs de niveaux, crossfades, vector mixers…) qu’il faut câbler soi-même jusqu’à la sortie audio finale, ce qui est plus exigeant que la moyenne.
On aura par exemple très souvent besoin des modules suivants :
- celui qui récupère les notes MIDI en entrée ;
- celui de la sortie finale ;
- celui du VCA qui transforme un signal avec le code couleur bleu en signal avec un code couleur vert pour le bus FX ;
- une enveloppe que l’on connectera sur la partie niveau du VCA.
Autre point qui peut distinguer Hyperion de la concurrence modulaire : ce n’est pas un synthé pensé pour le génératif.
Oui, il y a des modules de logique, de maths, des générateurs aléatoires et des compteurs qui permettent de construire des patchs auto-évolutifs.
Mais l’instrument est avant tout conçu pour être joué au clavier MIDI : le module Notes Input est le point de départ de quasiment tous les patchs, avec ses sorties de pitch, gate, vélocité, aftertouch et molettes. Le MPE est supporté depuis longtemps d’ailleurs et a encore été fiabilisé dans les dernières mises à jour (distribution correcte de la pression de canal, pitch bend du canal de contrôle ajouté en offset aux voix…), même si je trouve personnellement sa mise en œuvre un peu plus complexe qu’elle ne devrait l’être, car il doit être activé manuellement parfois à plusieurs endroits sur les patchs où la fonctionnalité n’est pas activée par défaut.
Et puis il y a une fonctionnalité qui change pas mal de choses à l’usage : le mode Combi. Hyperion peut empiler jusqu’à 16 layers, chacun chargeant un patch complet, avec ses propres zones de clavier et de vélocité, sa transposition, son arpégiateur, ses effets de bus et sa polyphonie.
On peut donc construire des splits clavier dignes d’une workstation hardware, ou des stacks de pads à la Vangelis où chaque couche respire indépendamment. Les layers peuvent même s’échanger des données de modulation et de l’audio via des bus auxiliaires, ce qui ouvre de grandes possibilités de sound design inter-couches.

D’ailleurs, on parle beaucoup de patching, mais la plupart du temps l’utilisateur de Hyperion se servira de deux autres vues que celle du sound design par patch.
Il y a déjà la vue principale associée à chaque patch seul ou Combi, avec une vue sur des macros que l’on peut fabriquer et organiser, des animations et des images qui vont avec chaque patch (excellente idée), les contrôles pour assigner des propriétés à chaque patch dans un Combi :

Profitons en au passage pour saluer l’effort réalisé sur la pédagogie, que ce soit avec les infos bulles présentes tout le temps, les descriptions de chaque module qui s’affichent pendant leur utilisation, la visualisation intégrée de n’importe quel signal en cliquant sur les entrées de modules ou en sélectionnant des modules dédiés. Cela permet de compenser le fait qu’il n’existe malheureusement qu’un manuel incomplet, qui documente une partie seulement de ce que Hyperion est capable de faire.

Et il y a évidemment un navigateur de presets, qui permet de naviguer dans la liste extensive de sons d’usine (on peut d’ailleurs en acheter d’autres sur la boutique dédiée, ou en télécharger gratuitement sur le serveur Discord de Wavesequencer).
Celui-ci permet de faire des recherches par tags, par bibliothèque, de montrer seulement les favoris ou les patchs Combi, et donne accès à plusieurs modes de fonctionnement pour la navigation (par clic simple ou double clic par exemple).
Personnellement, je ne suis pas toujours ultra convaincu par les choix qui ont été faits pour les tags, qui sont peu nombreux (j’aurais aimé qu’on puisse trier par noms de modules utilisés par exemple), ou de l’ergonomie de l’onglet, mais le navigateur est fonctionnel et permet de passer des heures à jouer avec tous les presets fournis.
Polyvalence et spécialisation
Si la modularité est l’argument marketing, les vraies forces d’Hyperion sont ailleurs : dans la diversité de ses générateurs et de ses effets dans un premier temps, et dans la qualité de ses presets dans un second temps.
Ces derniers ont provoqué un effet “wahouu” instantané auprès de votre serviteur, durant ma découverte du plug-in, et de toutes les personnes qui ont pu essayer Hyperion au SynthFest France à la suite de la démonstration que m’avait faite Paul.

Celui-ci m’avait confié avoir travaillé pendant plus d’un mois 10 heures par jour sur un de ses derniers packs de presets, le site du produit en proposant un certain nombre en plus d’ailleurs.
On pourra féliciter Paul sur ses compétences en sound design, qui ne sont pas l’apanage de tous les synthétiseurs software et hardware que nous avons pu tester jusqu’à aujourd’hui.
On fera toutefois attention à l’orientation forcément quelque peu 80s des sons disponibles, qui bénéficient des capacités des modules de Hyperion en la matière, dont les excellentes réverbs Hyper et Dense, mais aussi de tout le potentiel en granulaire (avec un portage du Clouds qui ne va pas tarder à montrer le bout de son nez d’après le développeur).
Car Hyperion est très capable sur d’autres registres, à l’exception peut être de certains sons caractéristiques des oscillateurs à lecture de table d’ondes, dont le manque sera probablement comblé à un moment donné compte tenu de l’ambition du développeur.
En effet, le synthétiseur ne manque déjà pas de possibilités à ce niveau-là, jugez-en plutôt : oscillateur classique avec un choix parmi plusieurs formes d’ondes fixé, unisson et bitcrusher, deux oscillateurs où on peut dessiner la forme d’onde à la main ou avec des splines, un oscillateur “Lo-Fi” orienté chiptune, un moteur FM à algorithmes avec beaucoup de possibilité et même multiples visualisations de la forme d’onde résultante, deux moteurs physiques (corde pincée et l’émulation du Steampipe), le lecteur de samples et même de SoundFont, et enfin les deux oscillateurs dits de “Wavesequences”.
Ceux-ci permettent de créer jusqu’à 32 combinaisons différentes du jeu des paramètres de l’oscillateur, et de passer de l’une à l’autre avec du morphing manuel ou contrôlé par l’extérieur, à la manière d’un lecteur de table d’ondes justement.

Côté traitement, même générosité : une vingtaine de processeurs par voix (multi-filtres, filtre à voyelles, comb filter, formants, résonateurs, ring mod, bit crusher, distorsions, tube resonator…) et une section d’effets de bus complète par layer : compresseurs (dont un dual-band avec sidechain), EQ 3 bandes, chorus, phasers, flangers, échos, trémolo et pas moins de trois réverbes différentes. Le tout patchable librement, évidemment, avec splits, crossfades et mixeurs vectoriels.
On peut littéralement construire sa chaîne d’effets comme un pedalboard, voire utiliser Hyperion en multi-effets sur de l’audio externe grâce au module Audio IN.
Ajoutons enfin un mot pour dire qu’il existe un mode accord, un arpégiateur complet, des effets que l’on peut appliquer sur les notes en jouant sur une courbe qui fait penser aux effets MIDI d’un Ableton Live, qu’on peut assigner évidemment des messages MIDI à des modulations ci et là… Bref il y a de quoi nous occuper (ici avec un peu de Diva sur les basses et de Triaz pour les sons de batterie).
Reste une question qui se pose : l’aspect modulaire est-il vraiment utile au quotidien ?
Soyons honnêtes : une majorité des utilisateurs ne câblera pas un patch de zéro, et utilisera Hyperion comme un multi-moteur à presets avec ses macros — ce que le mode Combi et la vue big knob assument parfaitement, et c’est très bien comme ça.
Le modulaire devient alors un bonus : la possibilité d’ajouter un comb filter ici, de remplacer un LFO par un MSEG là, ou un moteur de génération par un autre.
Vu sous cet angle, Hyperion est moins un concurrent de VCV Rack qu’une workstation logicielle dont chaque preset est démontable.
A noter d’ailleurs que Wavesequencer propose également une version simplifiée de Hyperion qui s’appelle Theia, au tarif de 65 dollars, qui est un simple lecteur des presets compatibles, avec quelques contrôles supplémentaires qui concernent le layering.
Conclusion
Au terme de ce test, Hyperion apparaît comme un synthétiseur extrêmement complet, avec plusieurs angles d’approche pour son exploration et des usages au quotidien, et pas seulement celui de la partie purement modulaire ou sound design, ainsi qu’un support régulier.

Il possède une sacrée personnalité, tout en faisant preuve de beaucoup plus de polyvalence qu’un Absynth 6 auquel on pense régulièrement en jouant avec. Il est très stable et plutôt transparent dans sa consommation CPU d’ailleurs.
Ce n’est pas forcément le plus accessible des synthétiseurs, notamment au niveau de l’ergonomie, mais son profil séduira les fans de synthwave ou ceux qui veulent explorer les particularités de ses modules les plus singuliers, avec le support MPE polyphonique et des nouveautés régulières, ainsi que de quoi occuper les aficionados de sound design pendant de trèèèès longues heures.
A propos de l’auteur : Ivan Cohen est développeur de plugins en freelance, créateur de la marque Musical Entropy, spécialiste en simulations Virtual Analog. Il est passionné de grosses guitares saturées et de basses acides, et joueur de flûte à coulisse dans ses heures perdues.