POUR
- Meilleure version du moteur Absynth
- Les améliorations ergonomiques depuis la version 5
- Présets en nombre et très agréables à explorer
- Architecture simple mais possibilités étendues
- Des sweet spots sur les sonorités évolutives
- Caractère atypique
- La section FX et les modules inserts qui peuvent être utilisés comme effets à part
CONTRE
- Prise en main exigeante
- Section enveloppe peu intuitive
- Pas de présets par effet
- Manque un peu de feedback visuel
- Pratiquement identique à la version 5 en termes de possibilités sonores
- Concurrence rude notamment à ce tarif
La série Absynth de Native Instruments est pour le moins singulière dans le paysage des synthétiseurs virtuels logiciels. Initiée en 2000, sous l’impulsion du créateur et compositeur Brian Clevinger, son moteur de synthèse sortait du lot grâce à son architecture semi-modulaire mais relativement simple, la multiplicité des moteurs sonores pour les oscillateurs / filtres / effets, et une esthétique graphique atypique à base de fenêtres arrondies et de couleurs vertes éthérées, alignée avec son orientation sonore (presets très orientés soundscapes ou génération de textures organiques).
Absynth était également capable de produire des sons de synthèse plus traditionnels, mais son caractère était dominé par un côté droit et froid, plutôt que bon vieux soustractif analogique, du fait de son potentiel niveau modulations (avec des enveloppes longues et des LFOs très paramétriques), et de quelques innovations atypiques dans l’histoire de la M.A.O. On citera par exemple ses moteurs granulaires + lecture d’échantillons dès 2003, les possibilités en FM, la présence de filtres en peigne et autre résonateurs, ou la génération de nouveaux patchs originaux à partir d’existants via le Mutator.





La version 5, sortie en Septembre 2009, vit toutefois son développement ralenti puis stoppé quelques années plus tard. Il fut même retiré du catalogue et des suites Komplete de la boîte allemande en 2022 au grand dam de ses fans, qui comptaient notamment Hans Zimmer ou les sound designers des films Matrix et Star Wars, et de son développeur principal. Brian prit donc l’initiative de créer sa propre société, Rhizomatic, pour pouvoir continuer à explorer ses idées, et non simplement pour prolonger sa vision pour Absynth. Plasmonic et Synestia, sortis en 2020 et 2024 et respectivement synthétiseur et multi-effets, sont ainsi plutôt concentrés sur la partie excitateurs / résonateurs plutôt qu’autre chose, avec de nouvelles explorations sonores plutôt qu’un portage ou un héritage de son travail précédent. Absynth proposait d’ailleurs déjà sa section effets de manière indépendante dans un plug-in dédié ou via l’entrée audio de l’instrument virtuel.

Aussi, lorsque Native Instruments et Brian Clevinger annoncèrent fin 2025 la sortie de la version 6 de Absynth, et que le produit fut proposé à la vente, les réactions furent à la fois enthousiastes pour les nostalgiques du plug-in semi-modulaire – qui a quasiment acquis un statut emblématique au même titre que certains synthétiseurs hardware “vintage” – et plus mitigées pour d’autres, dubitatifs sur l’intérêt de ressusciter d’entre les morts un logiciel dont l’héritage remonte aux débuts de la M.A.O., tant le paysage du synthétiseur virtuel a changé en l’espace de quelques années, avec Rhizomatic qui existe en face.
Est-il pertinent face à la concurrence en 2026 ? Quelle est cette nouvelle proposition de Native Instruments pour les utilisateurs de synthétiseurs virtuels d’aujourd’hui ? C’est ce que nous allons regarder ensemble !
Absynth de 25 ans d’âge
Absynth 6 est donc un reboot de la licence phare de Native Instruments, induite par Brian Clevinger et les équipes de la firme berlinoise, qui ont réécrit une grosse partie du code d’origine plutôt que de se contenter d’un simple portage ou d’une modernisation des sources de Absynth 5. Le nouvel opus, proposé à 199 euros (mise à jour à 99 euros) est pratiquement identique à l’original sur le plan des possibilités sonores et du rendu sonore. Il affiche une rétro compatibilité avec les vieux presets, et dispose des librairies d’origine de Absynth 4 et 5, dont les quelques packs que les anciens utilisateurs avaient peut-être ratés comme la banque Interstellar de 2021, et surtout plus de 400 nouveaux presets exclusifs à la version 6 (dont des participations de Brian Eno et Richard Devine !)
Il dispose de quelques nouveautés fonctionnelles quand même, comme les paramètres mix sur tous les effets en insert, de nouveaux filtres “Ladder” issus du travail de Brian sur les plug-ins Rhizomatic, les modes “high density” pour les sections granulaires, le support du MPE, du poly aftertouch ou de MTS-ESP pour les micro-tunings…
Mais le plus gros des moteurs de synthèse ainsi que des sections d’effets emblématiques sont identiques, tout comme l’architecture du synthétiseur et la logique générale. Nous avons donc un logiciel qui se parcourt via 7 onglets, pour jouer avec une structure fixe de 3 voix de synthèse qui s’additionnent et qui disposent de 3 modules chacune, qui vont ensuite être traitées par deux autres modules d’insert et un effet parmi 6 (les fameux Aetherizer, Multicomb, Resonators, Pipe, Echoes et Multitap).
On remarque d’ailleurs que les filtres d’origine sont assez colorés et un peu “lo-fi”, ce qui nous est confirmé à l’analyseur de réponse fréquentielle, probablement un autre des ingrédients de la patte sonore des premières versions de Absynth…

Le tout peut être modulé via les onglets dédiés par des LFOs au nombre de 3, 16 macro-paramètres, et pratiquement autant d’enveloppes multi-segments que l’on veut, qui peuvent être très longues et complexes grâce à leur éditeur dédié, tel un moteur d’automation directement intégré au plug-in !
Celui dispose même d’un éditeur pour les formes d’ondes qui peuvent être employées dans la section oscillateur et/ou LFO, là aussi plutôt un élément novateur pour l’époque. Ces oscillateurs peuvent être ainsi à “forme d’onde” ou wavetable, mais aussi à thème FM, ring modulator, avec unisson, réception de l’audio venant d’une entrée, lecture d’échantillon simple ou avec synthèse granulaire, génération d’harmoniques avec le mode Fractalize…

Au niveau modules d’insert, qui sont des effets simples ou des versions simplifiées des 6 effets dédiés, nous ne sommes pas en reste non plus avec une dizaine de types de filtres différents, dont certains très orientés résonateurs et granulaire (Comb, Supercomb, Cloud), ainsi qu’un saturateur par waveshaper, et des “auto-modulateurs” FreqShift et Ringmod.
Une section “Surround” remarquable permet aussi de placer des éléments dans l’espace, voire même de moduler cette position, que ce soit en stéréo ou en utilisant les capacités 5.1 du plug-in ! Enfin on dispose d’un onglet dédié à l’assignation des macros et paramètres de voix / tuning, ainsi qu’à un navigateur de presets assez étonnant.
Navigateur de presets
Les presets sont souvent le nerf de la guerre sur ce genre de plug-ins très capables, qui peuvent témoigner des possibilités d’un moteur mais aussi d’une orientation, voulue par ses développeurs et ses sound designers, et qui parfois les dépassent. Il s’agit également d’un enjeu pour les utilisateurs qui entendent utiliser des produits complexes sans avoir à investir trop de temps sur l’apprentissage, qui se refusent à créer leurs propres sons “from scratch”, qu’il s’agisse de modifier de l’existant, ou de se servir uniquement de ce qui est proposé, et d’acheter régulièrement de nouveaux packs de presets payants par thème.
Brian Clevinger s’était d’ailleurs fait remarquer avec son Plasmonic en faisant appel à des sound designers extérieurs qu’il avait pu financer avec une campagne de crowdfunding, et Absynth version 6 démontre l’estime de toute l’équipe pour cet aspect des choses.


Le produit dispose d’un navigateur de presets classique mais efficace avec une navigation par type, tags, ou banque de son, la possibilité d’écouter le rendu de chaque préset d’un clic, un moteur intensif et ciblé par section de “randomisation” avec historique appelé le Mutator, mais aussi d’un explorateur de presets novateur.
Celui-ci affiche une carte en 2d de sons, représentés par des points, et localisés en fonction de leurs similitudes sonores. La carte est générée en interne par les équipes de Native Instruments, avec un outil basé sur le machine learning, et ne peut donc pas pour le moment être utilisée pour naviguer sur des presets tiers.
Ce n’est pas la première fois que nous voyons cela, mais nous apprécions beaucoup cette tentative de soumettre quelque chose de différent sur l’ergonomie et la prise en main de l’outil, Native Instruments ayant d’ailleurs fait appel à des graphistes (SWARMM et Weirdcore, connu pour ses collaborations avec Aphex Twin) pour concevoir la nouvelle identité visuelle. Cela fait écho aux explorations de Arturia avec la vue Play sur leur nouveau Pigments 7.
Face à la concurrence en 2026
Ainsi, la nouvelle interface utilisateur de Absynth a réussi son pari de rendre plus accessible et plus moderne la proposition de Brian et de l’équipe du projet. Il n’a probablement jamais été aussi facile et agréable de découvrir ce moteur sonore qu’aujourd’hui, notamment grâce à la possibilité de redimensionner enfin la fenêtre du plug-in, aux nouveaux widgets qui rendent le tout plus clair, à l’ajout de feedback visuel ci et là.
Nous pensons qu’il aurait été intéressant d’aller plus loin pour faciliter la compréhension du signal flow et de l’impact des interactions toutefois, avec des animations pour la présence du signal dans un module, ou sur l’impact des modulations. Nous avons eu l’impression que le plug-in a pu se trainer une réputation de manque d’accessibilité liée à l’ergonomie plutôt que à la sophistication du moteur sonore, et nous espérons que les choses vont évoluer dans le bon sens pour Native Instruments à présent de ce côté là, au vu des améliorations ergonomiques.
Nous aurions souhaité également pouvoir cumuler plusieurs des 6 effets à la suite, ce qui heureusement reste possible sur plusieurs instances, et peut s’avérer intéressant pour traiter des sons provenant d’autres synthétiseurs, de guitares électriques, de batteries acoustiques ou électroniques…
De même, les nouveaux filtres ou l’ajout du MPE apportent quelque chose qui donne envie de redécouvrir l’intérêt qui a pu être porté à “l’ambiant synth”, grâce à de nouvelles couleurs et au renforcement de l’expressivité.
Car si Absynth 6 et ses prédécesseurs semblent taillés pour des sonorités évolutives et un côté organique, c’est aussi pour la facilité avec laquelle on peut arriver à obtenir ce genre de sons, ses sweet spots comme on dit, notamment avec ce set un peu surprenant d’effets qui prennent de la place dans l’interface et dans l’espace des fréquences !
Certains d’entre eux ont un peu vieilli, avec des paramètres nombreux qui n’ont pas toujours un impact significatif sur le résultat, en particulier sur Resonators, et on regrette qu’ils ne disposent pas (encore) de système de presets dédié par effet. Sur cette section en particulier, on aimerait voir débarquer de nouvelles entrées inspirées des idées de Brian Clevinger développées dans Rhizomatic Plasmonic / Synestia, avec leurs réverbs, le modulateur “Trigger”, ou leurs sons de cordes frottées.

De même, il serait à priori intéressant de voir débarquer dans Absynth des modèles physiques basés sur une vraie émulation mathématique pour les résonateurs, comme on peut l’observer dans le Pigments 7 de Arturia, ou UVI Falcon 2026, qui sont une vision moderne du concept du synthétiseur numérique “multi-engine”, ou encore dans les produits AAS et Physical Audio.
Toutefois, nous avons eu régulièrement l’impression que cette différence d’approche, avec une inspiration synthèse modèles physiques qui n’en est pas une, liée entre autres aux limitations du projet à son démarrage, a participé à donner sa personnalité au produit. Celle-ci nous semble aujourd’hui bien réelle en mélangeant les instances de Absynth 6 avec celles des produits Rhizomatic et des concurrents, notamment avec le plug-in FX seul. En parlant du plug-in effet, celui-ci fait des merveilles sur des batteries ou des guitares d’ailleurs.
Il nous paraîtrait donc ambitieux de prétendre que les autres produits sont capables de produire le même genre de sonorités, les blocs d’effets de base étant très différents dans l’approche et dans le caractère, sans parler des enveloppes, et de la facilité pour à arriver à certains types de sons. Il semblerait donc bien que Absynth 6 dispose en 2026 d’atouts singuliers, qui le différencie de l’offre actuelle de plug-ins virtuels, ce qui ne l’empêche pas de se débrouiller pas mal sur de registres plus classiques.
Cela ravira donc les explorateurs nostalgiques de sons de synthétiseurs numériques vintage, ceux qui veulent se (re)plonger dans ce moteur donnant parfois l’impression de s’adonner au retro-gaming, les adeptes des mélanges acoustiques et organiques avec le synthétique, ou ceux dont les besoins se situent sur un registre cinématique. Le portage apporte au final peu de nouveautés, mais renferme un potentiel certain, et confirme le caractère bien trempé de cet outil sonore !
A propos de l’auteur : Ivan Cohen est développeur de plugins en freelance, créateur de la marque Musical Entropy, spécialiste en simulations Virtual Analog. Il est passionné de grosses guitares saturées et de basses acides, et joueur de flûte à coulisse dans ses heures perdues.
Commentaires (2)
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Merci pour ce très beau test, où l’on sent la passion transparaître à chaque ligne.
Globalement d’accord, même si je trouve cette mise à jour très timide après autant d’années. Malgré toute l’affection que je porte à Absynth (comme beaucoup d’entre nous, j’y ai passé de nombreuses heures), j’espérais un peu mieux.
Cela reste néanmoins un synthé extraordinaire, et j’espère que les dernières rumeurs à propos de NI ne signifient pas que ce n’était là qu’un baroud d’honneur.
Et sinon, Last Absynth 😉👍