Mercuriall : Interview avec les Spécialistes de Simulations d’Amplis

Etant depuis un certain temps en contact avec Slava de chez Mercuriall, le célèbre éditeur de simulations d’amplis guitare, j’ai eu l’idée de lui proposer une petite interview pour en apprendre un peu plus sur ces plugins.

Choix des modèles simulés, Qualité du son, Etapes de réalisation d’une simulation d’ampli et Futurs plugins de la marque : tout y est passé 🙂 !

Voici donc ce que l’on s’est dit…

J’en profite au passage : merci beaucoup à Belfredo et Grebz du groupe Facebook MAO Guitare, qui m’ont proposé de nombreuses questions dont certaines sont intégrées à cette interview 😉

Mercuriall

Adrien (Projet Home Studio) : Bonjour Slava, merci beaucoup de prendre le temps de participer à cette interview. Depuis la création de Mercuriall en 2015, vous avez parcouru beaucoup de chemin. Même Steve Stevens (célèbre notamment par son association avec Billy Idol) utilise vos plugins!

Aussi, pour nos lecteurs/lectrices qui ne vous connaissent pas encore, peux-tu présenter brièvement les effets que Mercuriall conçoit ?

Slava (Mercuriall) : Bonjour !

Merci beaucoup de me donner l’occasion de faire cette interview !

Pour faire court, chez Mercuriall Audio nous fabriquons des logiciels pour les gens qui ont besoin de modélisations précises d’amplis guitare ou de pédales d’effets sur leur ordinateur. Notre technologie propriétaire Neural Hybrid Engine nous permet de mettre en oeuvre des copies digitales exactes de prototypes analogiques. Cela signifie que nous pouvons répliquer non seulement le son, mais également le feeling et la réponse du modèle d’origine. Nous avons reçu de nombreux retours positifs de personnes du monde entier (nous remercions humblement tous ceux qui croient en nous !), aussi l’objectif est de continuer à produire des produits géniaux, payants et gratuits !

A : Super — Je pense que c’est vraiment bien d’offrir à la fois des choses payantes et des choses gratuites : comme ça, tout le monde est content ! Comment est venue l’idée de développer des simulations d’amplis plutôt que, disons, des delays ou des réverbes ? Est-ce que vous pensiez que quelque chose manquait sur le marché des plugins ou souhaitiez-vous simplement proposer une alternative aux logiciels existants ?

S : Vladimir, notre tête pensante, souhaitait appliquer ses connaissances en programmation et sa passion pour les réseaux neuronaux (une technique de simulation permettant à un logiciel d’apprendre et de s’améliorer, NDLR) pour créer quelque chose qu’il pourrait utiliser — et il a simplement décidé que la complexité des amplis à lampes était un challenge intéressant. Le reste, c’est de l’histoire ! 🙂

Aujourd’hui, nous repoussons les limites jusqu’auxquelles les simulations d’amplis peuvent aller. Il y a encore de nombreuses choses qui peuvent être améliorées dans l’ensemble ; cela nécessite énormément de temps de recherche & développement.

Le plugin SS-11X de Mercuriall
SS-11X, une simulation des préamplis AMT SS-11A and SS-11B

A: D’accord. Jusqu’à présent, vos simulations d’amplificateurs semblent surtout orientées vers « le gros son », comme on dit en France. Typiquement, vers tout ce qui est metal et heavy rock. Est-ce une préférence personnelle, ou bien les personnes venant de cette scène sont plus réceptives aux simulations d’amplis ?

S: Nous avons l’impression, pour une raison quelconque, que les joueurs de rock et de metal sont plus ouverts aux nouvelles technologies. Plus ouverts à essayer des choses qui simplifient leur vie. On pourrait facilement mettre en place un sondage pour savoir quelle simulation d’ampli ils voudraient voir modélisée, et avec une précision de 99.9% les choix qui ressortiraient en premier seraient des amplis metal/rock. C’est comme ça pour le moment.

Avec un peu de chance, lorsque nous modéliserons un jour des amplis clean, plus d’amateurs d’amplis à lampes seront prêts à étendre leurs horizons.

A: Certaines personnes restent sceptiques concernant les simulations d’amplis ; elles disent que « ça ne sonnera jamais comme un vrai » etc. Quel est ton point de vue sur ça ?

S: Notre opinion est que pour les puristes, des amplis modélisés ne pourront jamais sonner comme des amplis à lampes, puisque quelque chose qui est modélisé ne peut pas sonner EXACTEMENT comme l’original (pour différentes raisons).

La modélisation d’amplis a des aspects qui sont bien maîtrisés et fonctionnent comme dans la vraie vie. D’autres aspects nécessitent encore des améliorations — par exemple, le lien entre l’ampli de puissance et le baffle. Une fois que ça sera réglé, nous pourrons discuter à nouveau et voir ce que les puristes disent.

D’une façon générale, la beauté des simulations d’ampli, c’est que l’on peut les utiliser sans s’occuper de l’espace, des lampes cassées, des voisins mécontents, des niveaux de volume dangereux, d’inconsistances du réseau électrique, des réglages perdus et autres choses agaçantes. Et pourtant, on a quand même un son / un feeling excellent.

A: En lien avec ce sujet, il y avait avant de nombreux développeurs qui sortaient des simulations d’amplis gratuitement. Cela ne se produit plus vraiment aujourd’hui, sauf dans le cas de cadeaux de marques.

Pourquoi donc ? Est-ce que les gens attendent un niveau de développement si élevé que ça ne vaut plus le coup pour un développeur seul de travailler sur ça ?

S: Il y a encore des simulations d’amplis ou de pédales d’effet disponibles, mais moins qu’il y a, disons, 6-10 ans. A cette époque, de nombreuses personnes modélisaient des amplis durant leur temps libre, explorant de nouvelles technologies. Le niveau de précision n’était pas aussi haut que maintenant. Aujourd’hui, construire une simulation d’ampli de qualité équivalente (son / feeling / Interface Utilisateur / utilisation / etc.) à celles payantes n’est pas une tâche aisée et nécessiterait un investissement de temps (= argent) conséquent.

Du coup, oui, c’est aujourd’hui beaucoup plus difficile pour un développeur seul de sortir une simulation d’ampli gratuite et de qualité juste pour le fun, car les attentes sont beaucoup plus élevées.

Le plugin Mercuriall Spark
Le plugin Spark de Mercuriall, qui simule 4 amplis Marshall (AFD, JCM800, JMP Super Lead et JMP Super Bass)

A : Avez-vous pensé à concevoir une simulation d’ampli complètement nouvelle, c’est-à-dire qui ne serait pas basé sur un hardware existant ?

S: Non, pas vraiment. Construire un ampli à partir de rien nécessite des compétences différentes. Nous nous concentrons actuellement sur la modélisation de prototypes hardwares uniquement.

A : Est-ce que ça aurait du sens, d’ailleurs, aussi bien d’un point de vue commercial qu’en termes de création musicale ?

S : Ca ferait peut-être du sens de faire quelque chose comme ça en coopération avec un artiste très connu. Ca serait son ampli signature, qui n’existerait pas dans la vraie vie. Ca pourrait fonctionner.

Autrement, sans un soutien fort ce type de projet ne pourrait avoir qu’un succès limité, si jamais il en avait.

A : OK, bon, Mercuriall fait partie des meilleurs développeurs de simulations d’amplis. Peux-tu nous décrire les principales étapes de la création de tels plugins ? En quoi consistent-elles ?

S : Merci pour ces gentils mots !

En gros, les principales étapes de création d’une simulation d’ampli sont celles-ci :

  1. Faire une étude de marché et choisir un produit à modéliser ;
  2. Acheter le modèle hardware nécessaire. Il doit être en parfait état, bien sûr ;
  3. Désassembler certaines parties et commencer à examiner l’appareil. Prendre diverses mesures de tous les composants. ;
  4. Passer ces mesures dans « le monde digital » ;
  5. Lancer des tests du modèle numérique, mais pas en temps réel, et l’ajuster si besoin ;
  6. Ecrire le code source. En utilisant la technologie Neural Hybrid Engine, bien sûr 🙂 ;
  7. Dessiner l’interface utilisateur ;
  8. Tester, tester, tester et corriger tous les problèmes ;
  9. Lorsque tout est fait, sortir le plugin.

Dans les faits, il y a de nombreuses autres étapes, petites ou grandes, que l’on doit faire pour sortir un produit commercialisable.

Mesures de hardware

A : Et de tout ça, qu’est-ce qui est le plus difficile à reproduire ?

S : Le plus gros challenge est probablement l’amplificateur de puissance. La façon dont il interagit avec le reste des éléments est très complexe et nécessite d’intenses recherches et tests. Il y a encore pas mal d’améliorations qui peuvent être faites sur cet aspect.

A : De nombreux lecteurs/lectrices ici travaillent depuis leur propre home studio. Aurais-tu une ou deux astuces de mixage pour eux, si ils/elles souhaitent obtenir le meilleur de leurs simulations d’amplis (qu’il s’agissent de plugins Mercuriall ou pas, d’ailleurs) ? Que peuvent ils/elles essayer pour obtenir le meilleur son possible ?

S : Bien sûr ! Mais tout d’abord, des éléments de base :

  • De nouvelles cordes (si vous jouez tous les jours, vous devriez les changer dès qu’elles semblent ternes) ;
  • Un bon réglage de l’intonation de la guitare ;
  • Un bon réglage de la hauteur des cordes ;
  • Accorder la guitare ;
  • Des câbles de haute qualité ;
  • Une carte son avec une bonne entrée au niveau instrument ou une bonne DI Box ;
  • Un bon réglage du niveau d’entrée de la simulation d’ampli. De nombreuses personnes n’y font pas attention, mais en fait c’est extrêmement important, pour que le circuit modélisé se comporte comme prévu. Vous pouvez jeter un œil à nos manuels utilisateurs pour nos recommandations.

Quant aux astuces de mixage, les plus importantes sont sans doute celles-là :

  1. Ne laissez pas la réponse dans les basses du son de votre guitare brouiller le mix. Activez le filtre passe-haut et ajustez-le jusqu’à ce que vous obteniez un bon mélange avec la grosse caisse et la basse dans les basses. Ce sont la grosse caisse et la basse qui produisent des basses massives, pas la guitare.
  2. Faites attention aux fréquences sifflantes (pour les guitares à gain élevé) dans la zone des 3 kHz et au-dessus. Certaines fréquences peuvent être prédominantes et doivent être atténuées pour obtenir un son plaisant. Pour trouver ces fréquences, prenez quelque chose comme FabFilter Pro-Q où vous pouvez régler un facteur Q très élevé pour une bande et boostez là. Maintenant, déplacez la bande à gauche/à droite jusqu’à ce que vous trouviez le point de résonance le plus désagréable et atténuez-le de la quantité de décibels qui vous semble nécessaire sans dénaturer la tonalité. Vous aurez peut-être besoin de couper plusieurs points de ce genre. Comparez au son d’origine et écoutez combien la version égalisée est plus propre.

A : Merci beaucoup pour tout ça !

Bien sûr, les Impulse Responses (IRs) sont aussi très importantes pour obtenir un son de qualité. D’où viennent les IRs incluses dans les plugins Mercuriall ? Est-ce que vous les faites vous-mêmes, ou bien êtes vous en partenariat avec des marques célèbres d’IRs ?

S : Les baffles 2D des plugins U530, Spark et Reaxis sont custom.

Les IRs dans SS-11X ont été enregistrées par nos artistes et nos beta-testers. Nombre d’entre eux ont des studios professionnels, ce qui permet de créer des IRs de grande qualité. Nous sommes très fiers des IRs que nous avons dans SS-11X !

Le plugin Mercuriall Reaxis
Reaxis, simulation d’ampli Mesa Boogie

A : Comment choisissez-vous la prochaine simulation d’ampli sur laquelle vous allez travailler ?

S : Eh bien, ça dépend de l’alignement des étoiles. Ainsi que des retours de la communauté des utilisateurs d’émulations d’amplis. Et puis des besoins commerciaux.

En d’autres mots — c’est compliqué 🙂

Les tout premiers produits étaient simplement liés au hardware que nous avions à disposition. Maintenant, nous faisons beaucoup plus d’études de marché, bien sûr. Donc oui, nous regardons différents facteurs avant qu’une décision puisse être prise.

A : En parlant de ça (je pense que tu m’as vu venir), peux-tu nous en dire un peu plus sur vos prochains produits ? Est-ce que vous travaillez sur quelque chose de nouveau ? Peut-on espérer avoir bientôt des émulations d’amplis Orange ?

S : Nous aimerions bien — mais aucun détail ne peut être partagé avant une annonce officielle 🙂

Orange ? Pas dans le futur proche. Plus tard ? Tout est possible !

A : D’accord ! Le temps est venu de terminer cet entretien. C’était un vrai plaisir d’échanger avec toi sur tous ces sujets — aussi, merci beaucoup pour ton temps. Je souhaite bonne chance à Mercuriall pour tous vos projets futurs !

As-tu quelques derniers mots que tu voudrais partager avec les lecteurs / lectrices de Projet Home Studio ?

S : Merci beaucoup de nous avoir invités pour cette interview ! J’espère qu’elle fera ressortir des éléments intéressants concernant Mercuriall et les simulations d’ampli en général.

Et à tous les lecteurs de Projet Home Studio — en cas de doute, faites de la musique ! 🙂


Pour plus d’informations sur les simulations Mercuriall, rendez-vous sur le site web officiel de la marque.

Pour référence, voici un lien de téléchargement de l’interview d’origine en anglais.

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