A Quel Niveau Devez-Vous Enregistrer ?

Avez-vous déjà enregistré votre guitare, en vous rendant compte après coup que le signal tapait dans le rouge sur votre DAW ou votre logiciel ?

Ou bien — avez-vous déjà été obligé de monter au maximum le volume de votre préampli pour enregistrer des chuchotements, si bien que le bruit de fond devenait trop audible ?

Si c’est le cas, c’est probablement parce que vous n’enregistrez pas au bon niveau.

En effet, il existe des « bonnes pratiques » concernant le réglage du niveau d’enregistrement. Ne pas les suivre vous fait prendre des risques, d’une certaine façon, quant à la qualité de vos mixages.

Explications…

Il était une fois l’enregistrement analogique

Jusqu’au début des années 80 au moins, la plupart des enregistrements étaient effectués grâce à du matériel analogique, et plus précisément sur des bandes magnétiques.

Exemple de Vu-mètre analogique

Avec ces bandes, il était nécessaire de maximiser le rapport Signal/Bruit. Pour cela, les enregistrements étaient souvent effectués le plus fort possible, à proximité « de la zone rouge ».

Cette limite, concrètement, correspond à la mesure 0 VU que l’on peut lire sur les vu-mètres analogiques (comme sur l’image ci-dessus).

Si le signal dépassait cette valeur et allait dans la zone rouge, une saturation plutôt chaude et en tout cas d’intensité progressive apparaissait. Cela contribuait, sans aucun doute, à donner le côté que l’on qualifie aujourd’hui de « vintage » aux enregistrements de l’époque.

Le clipping

Aujourd’hui, la donne n’est plus du tout la même car le fonctionnement de l’enregistrement numérique est assez différent.

Tout d’abord, le signal numérique est mesuré en dBFS, une unité qui correspond en fait à la différence entre le niveau du signal et le signal le plus élevé pouvant exister. Elle n’a rien à voir avec les mesures de 0 VU dont nous parlions plus haut.

Autrement dit :

  • Tant que votre signal reste en dessous de 0 dBFS, aucun problème et aucune coloration, si ce n’est celle de votre préampli / de votre chaîne de traitement
  • Si le signal dépasse 0 dBFS, il ne pourra pas être reproduit lorsqu’il sera écouté (par exemple avec un casque ou sur des enceintes, une fois la reconversion digital>analogique ayant eu lieu).

Concrètement, que va-t-il se passer ?

Eh bien, le son va clipper.

Le phénomène de clipping
Illustration du clipping

C’est-à-dire que tout signal dépassant le seuil de 0 dBFS va être purement et simplement tronqué. La conséquence étant une forte distorsion dénuée de toute musicalité, contrairement à la distorsion que l’on retrouverait sur du matériel analogique.

Du coup, si vous enregistrez un son dont le signal dépasse cette limite, il sera détruit par la distorsion et globalement inexploitable.

Un exemple sera plus clair — voici une guitare acoustique enregistrée trop fort :

C’est horrible, n’est-ce pas ? 🙁

D’ailleurs, on voit bien que la forme du signal est tronquée au niveau des crêtes à cause du phénomène de clipping :

Forme d'onde avec clipping lié à un mauvais niveau d'enregistrement

A quel niveau enregistrer alors ?

Peut-être en pensant imiter l’enregistrement analogique, de nombreuses personnes enregistrent leur voix ou leur guitare en visant un niveau de 0 dBFS.

Le problème, c’est qu’en faisant comme ça il est très difficile de s’assurer que le signal de subira pas de clipping.

Un exemple d'enregistrement à un niveau correct
Exemple d’enregistrement à un niveau adapté

En effet, même si vous ne l’entendez pas durant le tracking, il est fort probable qu’une crête ou deux dépassent le seuil fatidique de 0 dBFS. Et lorsque vous le remarquerez durant le mixage, il sera trop tard…

De plus, en essayant d’atteindre ce niveau, vous risquez de solliciter un peu trop vos préamplis. Si vous utilisez du matériel d’entrée ou de milieu de gamme, cela nuira probablement à la qualité du son.

En effet, si vous enregistrez en 24 bits (ce que vous devriez faire), la plage dynamique disponible est large. Pas besoin donc de faire des prises de son à fort volume.

Au contraire, c’est une bien meilleure pratique que de s’aligner sur un niveau RMS moyen entre -15 et -22 dBFS.

Pour ce qui est des crêtes, ce n’est pas un problème si certaines atteignent jusqu’à -12 ou -10 dBFS. L’objectif est surtout de garder suffisamment de marge pour appliquer vos effets lors du mixage.

Par contre, une fois le mixage terminé, c’est lors du mastering que vous remonterez le niveau général de votre mix pour atteindre, à volonté, le volume que l’on peut retrouver sur les CDs du commerce. Et c’est seulement à ce moment que le niveau de crêtes sera proche de 0 dBFS.

Bon courage pour vos enregistrements 😉 !

2 réactions au sujet de « A Quel Niveau Devez-Vous Enregistrer ? »

  1. Bruno L'Espérance Réponse

    J’avais régulièrement ces problèmes de « blaster » mon préampli de ma carte de son quand j’enregistrais avec mon micro. Mais je vais me rappeller de tout ça! 🙂

    • Adrien Auteur ArticleRéponse

      Il faut faire attention 🙂
      Après si par exemple tu enregistrais en 16 bits, pour le coup il y a moins de headroom disponible et il vaut mieux enregistrer un peu plus fort…

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