Test Plugin : AAS Objeq Delay

8.7/ 10

Qualité sonore - 9

Fonctionnalités / Interface - 9

Rapport Qualité/Prix - 8

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POUR
L'originalité, la qualité des modélisations acoustiques, la polyvalence

CONTRE
Le prix un peu élevé, les contrôles un peu trop simples des filtres EQ

AAS, autrement dit Applied Acoustics Systems, est tout sauf un nouveau venu sur la scène des plugins.

Fondée en 1998 et actuellement localisée à Montréal (Canada), c’est une marque spécialisée dans les logiciels audio basés sur la modélisation physique. C’est-à-dire, sur la synthèse sonore simulant, moyennant des équations complexes, le son d’une source physique telle qu’un instrument.

C’est d’ailleurs cette marque qui se trouve derrière les excellents plugins Analog, Collision, Electric et Tension inclus dans Ableton Live.

Naturellement, lors de la sortie d’Objeq Delay, j’ai été immédiatement intéressé car j’y voyais potentiellement un intérêt double :

  • une utilisation créative, orientée effets plutôt extrêmes ;
  • des possibilités originales pour le mixage.

D’où ce test, pour voir si effectivement ce nouveau plugin était aussi bien qu’il le promettait…

L'interface d'Objeq Delay d'AAS

Interface et Fonctionnement

Dès que l’on ouvre l’application, on est agréablement surpris de trouver une interface claire et plutôt design, avec une agréable texture verte en fond. Il faut le dire : ça met en confiance et on sent qu’on a affaire à quelque chose de sérieux (quoique les apparences peuvent être trompeuses).

Tout de suite, on identifie différents groupes de contrôles, qui correspondent tout simplement aux différents modules d’effets du plugin. Bien entendu, ils sont tous activables/désactivables, selon le besoin.

M’inspirant d’une image du manuel (particulièrement limpide d’ailleurs), j’ai reproduit ci-dessous à la fois ces modules ainsi que le fonctionnement général d’Objeq Delay :

Le concept de base d'Objeq Delay

Etape 1 : le filtrage

Le signal est tout d’abord filtré grâce à deux filtres passe-bas et passe-haut.

Pour chacun des deux, il est possible de régler le nombre de pôles, à savoir la pente du filtre :

  • 1 pôle = -6 dB/octave
  • 2 pôles = -12 dB/octave
  • 4 pôles = -24 dB/octave

Malheureusement, il n’y a pas de réglage de résonance, ce qui aurait pu être pratique dans un certain nombre de cas.

Toutefois, les filtres sont par défaut légèrement résonants, et du moins pas du tout linéaires, ce qui apporte un certain caractère à l’effet.

Etape 2 : Modélisation d’Objet

C’est l’étape la plus importante, et surtout celle qui fait l’originalité du plugin.

En effet, une modélisation d’objet est appliquée directement au signal en entrée, modulant sa couleur et imprimant une réponse en fréquence propre au type d’objet sélectionné (via l’ajout ou retrait d’harmoniques).

Quatre types d’objets sont modélisés, et tous ont leur caractère propre :

  • une Corde métallique (string) ;
  • une Poutre (beam) ;
  • une Plaque (plate) ;
  • et une Peau de tambour (drumhead).

Le module d’effet filtre donc le signal à travers des résonateurs acoustiques pour en changer la couleur. Ces nouvelles résonances sont contrôlables grâce à plusieurs paramètres influant directement sur la modélisation :

  • Frequency — modification de la fréquence fondamentale (fréquence de résonance) ;
  • Decay — contrôle de la durée de la résonance ;
  • Material — changement des propriétés physiques de l’objet pour un contrôle plus précis des harmoniques ;
  • Formant — paramétrage de l’endroit où l’excitation est appliquée sur le matériau modélisé (au bord ? au centre ? à mi-chemin ?).

Comme vous pouvez le deviner (et comme nous allons le voir après), les possibilités sonores sont donc nombreuses.

Etape 3 : Delay

Le module de delay est le dernier dans la chaîne d’effets.

Ici, vous avez accès à un réglage « First » (pre-delay, ou premier écho) et un autre « Echoes » (les autres échos). A ceci s’ajoute deux filtres passe-bas et passe-haut, qui ne sont pas vraiment paramétrables si ce n’est la sélection de la fréquence. 😐

Une boucle de rétroaction (feedback) est également disponible pour multiplier la quantité d’échos, ainsi qu’une option de ping-pong delay pour un effet stéréo.

Le tout est assez classique mais fonctionne très bien.

Un peu de LFO ?

Le module LFO d'Objeq Delay
Les réglages du LFO

Enfin, Objeq Delay possède l’énorme avantage d’intégrer un LFO (Low Frequency Oscillator), qui permet de moduler à volonté n’importe lequel des paramètres du plugins.

Par exemple, vous pouvez faire évoluer dans le temps la fréquence de coupure des filtres (étape 1), la fréquence du modèle d’objet (étape 2) ou encore la quantité de feedback du delay (étape 3).

Des formes d’ondes classiques (sine, triangle, random…) sont disponibles pour obtenir des effets différents.

D’une façon générale, je trouve cette option particulièrement intéressante pour ajouter de la texture à un son qui serait trop plat malgré le delay, ou bien tout simplement pour faire quelque chose d’un peu « psychédélique ».

Et enfin, le mix

Bien entendu, vous n’aurez pas toujours envie d’entendre uniquement le son d’Objeq Delay, mais au contraire de le mélanger au son en entrée.

Pour ces situations, le bouton « Balance », situé sur la droite de l’interface, vous permettra d’appliquer l’effet en parallèle du son dry (sans effet).

Utilisation et Son

Bien que l’ayant testé pendant plusieurs semaines, j’ai été très vite convaincu de la qualité des modèles physiques et tout simplement du son que me donnait Objeq Delay, que ce soit dans le cadre d’une utilisation plutôt créative ou bien subtile comme le mixage.

Pour une utilisation créative…

C’est le type d’utilisation le plus évident lorsque l’on emploie ce plugin. En effet, on se rend rapidement compte qu’il est possible de transformer voire dénaturer à volonté le son.

En combinant les options de delay et de synthèse sonore physique, des centaines de possibilités et de couleurs se trouvent à votre disposition.

Prenons tout d’abord l’exemple d’une nappe de synthé (pad) basique, réalisée avec Tyrell N6. Le premier enregistrement correspond au son brut, plus une légère réverbe en send. Les trois suivants correspondent, eux, à des réglages d’Objeq Delay que j’ai effectués en quelques minutes :

Bien entendu, c’est sur le traitement des beats électroniques que le plugin s’avère être le plus impressionnant. Voici de nouveau quelques exemples, cette fois-ci basés sur les presets par défaut :

Je pense que c’est aussi clair pour vous que pour moi : le rendu est excellent.

Et au-delà de ce constat, je trouve que cela suscite des idées de son originales et renforce la créativité…

Et pour le mixage ?

Mais qu’en est-il d’une utilisation plus simple, pour le mixage audio ? Pouvez-vous utiliser cet effet sur votre prochain album ?

C’est la question que je me suis posée dès le début, en commençant à tester ce plugin.

Bien que moins polyvalent avec cette approche, Objeq s’avère également très intéressant pour le mix.

Ne serait-ce qu’avec la partie Delay, on peut déjà faire un certain nombre de choses telles que des delays « slap-back » ou bien créer des ambiances. Couplée avec la partie de modélisation physique, on accède à des sons originaux et pleins de caractère tout en restant subtils.

Voici un exemple de réverbération assez originale et plutôt vintage, utilisant le modèle d’objet « Beam » (et un court extrait de la chanson « Believe » du groupe I Am Cassettes) :

Il y a bien sûr d’autres possibilités, mais il faut prendre le temps d’expérimenter.

Le manuel suggère par exemple d’accorder la modélisation d’objet à la fréquence dominante d’un kick ou d’une caisse claire, puis de mixer subtilement l’effet. On gagne alors en corps, en punch, en feeling organique…

Bonne idée, non ?

Conclusion

Au final, Objeq Delay est un plugin d’une grande qualité, soutenu par une interface claire et documenté par un manuel détaillé.

Il est de plus assez polyvalent, puisque l’on peut même l’utiliser pour le mixage. Toutefois, son point fort reste à mon goût ses possibilités expérimentales, que ce soit appliqué à des synthétiseurs ou à des percussions.

Certes, il est un peu cher… mais il faut avouer que la technologie qui se cache derrière est très solide et efficace.

Le risque ? C’est que vous passiez trop de temps dessus plutôt qu’à composer vos musiques…

A tester d’urgence… 🙂

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