POUR
la fonction Delta
les nouveaux modules Stem EQ et Bass Control
les fonctionnalités poussées ce qui permet au plugin de remplacer beaucoup de plugins de la concurrence à lui tout seul
CONTRE
le tarif sur la version advanced
seulement un clipper rudimentaire dans le Maximizer
la coloration automatique assez brillante dans l'assistant
Ozone est clairement le logiciel phare de la société américaine iZotope.
Il est devenu au fil des années incontournable chez les ingénieurs du son mixage / mastering, comme pour les home-studistes chevronnés qui souhaitent publier leurs morceaux sur les plateformes.

C’est un multi-effets qui propose aujourd’hui 20 modules dont 3 nouveaux sur la version 12, avec une orientation forte mastering et mix buss, qui le différencie de iZotope Neutron 5 — application du même concept au mixage pur et dur cette fois-ci, avec ses 10 modules.
En plus de son set de fonctionnalités assez étendu, il se singularise de plus en plus par une approche d’accessibilité, que ce soit via les presets de mix buss classés par genre musical ou par contribution externe (coucou Sylvia Massy !), la prise en main, ou les différents assistants (avec et sans IA) qui génèrent des réglages en fonction du signal d’entrées ou de vos réponses à des questions.
Il dispose également d’un certain nombre d’outils orientés mastering dont il est difficile de se passer quand on y a goûté, comme les différentes métriques de Loudness, une fonction pour tester la cohérence mono du master final en un clic, le delta depuis la version 11 pour entendre seulement ce qu’un module rajoute ou retire au signal d’entrée, la compensation de gain, ou encore une fonctionnalité intégrée pour comparer son travail à des mix de référence.
Nouveautés (hors modules) sur iZotope 12
Dans la version 12 dont nous allons parler aujourd’hui, sortie exactement deux ans après le onzième opus, les développeurs ont amélioré d’abord un certain nombre des outils déjà disponibles.
Le Stem Focus a ainsi été mis à jour, et effectue le démixage du mix bus via un réglage global par instance, permettant de traiter au choix le mix complet avec la chaîne de modules, ou seulement la voix, la batterie, et les instruments identifiés comme basse.
Le démixage par IA peut en effet être utilisé pour sauver des mixages problématiques, ou traiter des éléments spécifiques avec précision, sans que l’ingénieur de mastering n’ait besoin de redemander des stems et / ou une nouvelle version du mix.
On découvre également le nouvel algorithme IRC5 (Intelligent Release Control) dans le module limiteur Maximizer, dont l’objectif est de pousser encore plus loin les LUFS sans créer de distorsion supplémentaire grâce à l’ajout d’une dimension multi-bandes aux designs précédemment disponibles.
Le clipper inclus est toutefois toujours un peu rudimentaire, avec seulement un contrôle de gain et un switch sur 3 modes, ce qui pour nous constitue un gros point à améliorer dans les prochaines versions et dans l’offre globale du produit…
Le module Stabilizer quant à lui dispose désormais de 25 nouveaux genres musicaux, ce qui lui permet de continuer à concurrencer les ténors du genre que sont Soundtheory Gullfoss (en mode Shape) et Oeksound Soothe 2 (en mode Cut).
On apprécie qu’Ozone soit assez complet sur les traitements spectraux, en tenant compte également des modules Spectral Shaper (une version simplifiée du Stabilizer en Shape, plutôt efficace sur les hautes fréquences), Low End Focus (pour corriger les problèmes potentiels dans le bas du spectre), ou Clarity (pour altérer le spectre de la piste et le faire tendre vers celui d’un bruit blanc, qui fonctionne aussi sur des voix pour les faire ressortir du mix par exemple), bien que chaque module nécessite un peu de prise en main et d’essais pour identifier leurs forces respectives.
L’interface a été revue sur les petits détails et sur de plus gros, puisque le fameux assistant se voit doté d’un nouveau mode Custom, qui complète l’ancienne fonctionnalité sobrement renommée en “One-Click”.

Dans les deux cas, le logiciel écoute votre musique pendant un certain temps, avec dans le mode Custom la possibilité de définir des orientations en amont comme le choix des modules à utiliser, le genre musical ciblé et un paramètre dit d’intensité.
Puis une proposition de chaine d’effets est effectuée, et des macro paramètres apparaissent pour encore améliorer un peu le résultat avant d’aller dans le détail.

Personnellement, j’ai plutôt tendance à considérer les résultats obtenus comme un peu brillants, et je trouve dommage que l’assistant ne tienne pas compte de tous les modules disponibles, mais la fonctionnalité a un certain intérêt comme base de travail pour compléter les presets et aller vite.
Enfin ce qui faisait la force de Ozone 11 est évidemment toujours là, avec notamment mes chouchous dans les modules existants, comme le Imager qui permet de retravailler l’image stéréo en contexte multi-bandes (qui fait partie des recommandations dans la formation Mastering), la gamme de modules Vintage ou les différentes nuances de coloration, qui pourraient d’ailleurs être plus nombreuses.
Nouveaux modules et anciens sur iZotope 12
Parlons à présent des 3 nouveaux modules de Ozone 12.
Module : Bass Control
Le Bass Control est un mélange de upward compression (qui fait ressortir les signaux faibles sans toucher aux signaux forts), de transient designer (avec un contrôle spécifique sur le sustain et sur les transitoires), et de filtrage, dont on devine difficilement le mode de fonctionnement au premier abord, qui permet de traiter le timbre et la dynamique dans le bas du spectre, d’une manière non traditionnelle mais extrêmement intéressante.
La plupart des modules non traditionnels de Ozone 12 possèdent des contrôles aux noms un peu cryptiques, nous obligeant à nous référer à ce que l’on entend (merci au delta) ainsi qu’au manuel et aux retours visuels pour bien comprendre.
Ce module est d’ailleurs un cas d’école de la philosophie iZotope, avec des sections organisées par fonction, des contrôles utilisateurs de différentes tailles, et une certaine place accordée au feedback visuel, comme par exemple un curseur qui se déplace de gauche à droite avec le signal, qu’il est recommandé par iZotope de garder au milieu pour obtenir les meilleurs résultats.

Il pourra être utilisé en conjonction avec Low End Focus qui sera plutôt pertinent pour supprimer des résonances, ou aérer avec une approche spectrale plus fine, potentiellement ciblée sur du Mid / Side ou sur la décomposition Transient / Sustain.
Module : Unlimiter
La deuxième nouveauté dans les modules est celui qui se prénomme Unlimiter, qui fonctionne de manière très simple avec seulement deux contrôles de volume, un contrôle de quantité, un seuil de déclenchement et un bouton optionnel d’apprentissage.
Il permet d’après l’éditeur de restaurer de la dynamique sur des enregistrements trop compressés, à l’aide d’algorithmes de Machine Learning, à la manière des plugins de déréverbération mais sur les compresseurs donc.
L’outil semble ainsi avoir des cas d’usages plus restreints que la moyenne des autres modules, mais peut s’avérer utile pour faire de la restauration ou corriger des mixs problématiques avant mastering.
Module : Stem EQ
Enfin, la dernière et plus importante innovation de Ozone 12 est selon nous le module Stem EQ. Il s’agit d’un égaliseur paramétrique standard, avec pour chaque bande 17 types de filtres (du plus classique au plus résonant en passant par les topologies brickwall).

Mais surtout, il a la particularité de fonctionnner en multi-pistes, issues d’un processus de démixage temps-réel d’un signal stéréo, qui sépare le signal en voix, basse, batterie et autres.
Chaque piste peut ainsi être traitée par une courbe d’égalisation spécifique, et non plus seulement par un gain comme avec son aïeul Master Rebalance.
On aurait apprécié pouvoir aller plus loin avec de l’égalisation dynamique, mais le principe est très intéressant en l’état, et le module permet des opérations chirurgicales sur un certain nombre de mixages avec du recouvrement de fréquences ou des éléments qui ne ressortent pas assez, de façon assez transparente et intuitive.
Dans ces exemples sonores, on entend un mix de quelques secondes dans lequel le module Stabilizer a eu tendance à rajouter un peu trop d’aigus et à faire ressortir le bruit.
Grâce au Stem EQ, on va dans un premier temps réduire ce bruit en égalisant seulement la piste “autres” du mix, puis on va pouvoir rajouter un peu de bas sur les basses en s’assurant qu’il n’y a pas de recouvrement avec la partie percussive.
Conclusion
Sans avoir eu d’attentes particulières sur cette 12ème mouture, nous avons été quand même agréablement surpris par les possibilités du Stem EQ et du Bass Control.
Nous avons apprécié l’originalité qui est toujours de mise avec une utilisation pertinente de l’IA, le côté accessible qui se renforce avec les améliorations sur les assistants, et les différentes options qui s’offrent à nous aujourd’hui dans Ozone pour gérer la loudness et la coloration finale de nos masters.
Nous espérons dans les prochaines versions voir apparaître des options supplémentaires pour le clipping toutefois, voire un module dédié comme sur Neutron 5, des genres musicaux additionnels moins chargés dans les hautes fréquences, et peut être un peu plus de variété sur la partie saturation.
Le plugin se suffit pratiquement à lui-même pour le mastering, en tous cas dans une logique home-studio, ce que l’on pouvait espérer pour le prix de sa version complète, proposée autour des 500 euros hors tarifs de mises à jour, en bundle avec Audiolens, Relay et Tonal Balance.
La version Elements, régulièrement disponible gratuitement dans les périodes de promotion, se contente de donner accès aux assistants, tandis que la version standard à 200 euros fait l’impasse notamment sur Impact et sur Stem EQ.
A propos de l’auteur : Ivan Cohen est développeur de plugins en freelance, créateur de la marque Musical Entropy, spécialiste en simulations Virtual Analog. Il est passionné de grosses guitares saturées et de basses acides, et joueur de flûte à coulisse dans ses heures perdues.