Comment préparer sa piste pour le mastering ?

Vous avez fini de mixer votre morceau, et la prochaine étape logique c’est de l’envoyer au mastering.

Sauf qu’avant d’exporter votre fichier et de l’envoyer à un ingénieur du son (ou de le masteriser vous-même), il y a quelques points à vérifier.

Parce qu’un export mal préparé, ça peut soit compliquer le travail de mastering, soit carrément dégrader la qualité de votre morceau.

Bonne nouvelle : ce n’est pas très compliqué. Il suffit de connaître les bonnes pratiques.

Et c’est justement l’objet de cet article : je vous détaille tout ce qu’il faut vérifier avant d’envoyer votre mix en mastering.

Un compresseur utiliser pour le mastering

Le format d’export attendu pour le mastering

Commençons par la base : le format technique du fichier.

Pour du mastering, on exporte toujours un fichier stéréo, en WAV ou en AIFF (jamais en MP3, qui est un format compressé avec perte).

Niveau résolution, visez du 24 bits minimum.

Petite précision utile : pas besoin de pousser jusqu’au 32 bits flottant. C’est une idée reçue assez répandue, mais en pratique le 24 bits est largement suffisant pour du mastering.

Ça donne déjà une plage dynamique de 144 dB, ce qui est bien plus que ce que votre morceau va réellement utiliser, surtout qu’il est déjà mixé. Et c’est déjà supérieur à ce que l’être humain peut entendre.

Sur le sujet vous pouvez éventuellement regarder cette vidéo :

Concernant la fréquence d’échantillonnage, la règle est simple : gardez la même que celle utilisée pendant le mixage.

Si vous avez travaillé en 44.1 kHz, exportez en 44.1 kHz. Si vous avez travaillé en 48 kHz, exportez en 48 kHz. Pas besoin de monter en fréquence (“upsampler”) artificiellement, ça n’apporte rien niveau qualité et ça peut même introduire de petites erreurs d’interpolation. Et surtout ne la baissez pas : laissez à l’ingé mastering le soin de s’occuper de tout ça si nécessaire, avec ses propres outils.

N’oubliez pas le silence en début et en fin de piste

Voilà un point tout bête, mais qui revient souvent : pensez à laisser un petit blanc au début et à la fin de votre export.

Une seconde ou deux suffit largement, mais c’est important.

Pourquoi ? Parce que si votre morceau se termine par une reverb ou un delay qui traîne un peu, un export coupé trop court va littéralement tronquer la fin du son.

D’ailleurs vous n’allez peut-être pas toujours le remarquer, mais ça peut devenir plus évident une fois les effets de mastering appliqués (je pense en particulier à la compression).

Pareil en début de piste si jamais il y a un effet ou une note qui démarre en fondu.

Dans tous les cas, gardez ce réflexe systématiquement : ça évite des allers-retours inutiles avec votre ingénieur de mastering (ou une mauvaise surprise si vous masterisez vous-même).

Le mythe des 6 dB de marge : oubliez ça définitivement

Il y a un conseil qu’on retrouve absolument partout dès qu’on parle de préparation au mastering : laisser 6 dB de marge sur le buss master pour “laisser de la place” à l’ingénieur.

Pour faire simple : ce conseil n’a aucune réalité technique aujourd’hui.

Cette règle des 6 dB vient d’une époque où on enregistrait sur bande magnétique (les fameux DAT), où il y avait effectivement des raisons techniques de garder une certaine marge.

Mais dans le monde numérique actuel, avec des fichiers WAV ou AIFF, cette logique ne s’applique tout simplement plus.

La seule vraie contrainte, c’est de ne pas dépasser 0 dBFS (donc pas de clipping). Si votre mix tape un peu fort, l’ingénieur de mastering peut très bien baisser le fader avant d’appliquer ses traitements. Ça ne pose strictement aucun problème de qualité.

J’ai fait toute une démonstration en vidéo sur le sujet, avec des tests d’écoute et des null tests à l’appui, si vous voulez creuser le sujet en détail :

En résumé : pas besoin de vous embêter à surveiller un chiffre arbitraire. Assurez-vous juste de ne pas clipper, et c’est tout.

Par contre, certains ingés mastering continuent de demander une marge de 6 dB, par habitude sans doute. Si c’est ce qu’ils vous demandent, bien sûr envoyez vos fichiers audio en respectant cela ! 😅

Nettoyez votre buss master avant l’export

C’est sans doute le point le plus important de cet article, et pourtant c’est celui qu’on oublie le plus souvent.

Avant d’exporter votre fichier, désactivez tous les effets présents sur le buss master (= le mix complet).

En priorité absolue : le compresseur ou le limiteur que vous auriez pu ajouter pour “voir à quoi ça ressemble une fois fini”, ou parce que vous avez suivi tel ou tel tutoriel de mixage.

C’est un vrai piège classique : on ajoute un limiteur pour se rassurer sur le volume final, et on oublie de le retirer avant l’export.

Sauf que si votre fichier arrive déjà compressé, déjà limité, l’ingénieur de mastering n’a plus de marge de manœuvre pour travailler la dynamique du morceau.

Idéalement, retirez aussi les autres effets présents sur le buss (EQ, saturation, etc.), sauf s’ils sont vraiment structurants pour le son de votre mix (par exemple un égaliseur qui affecterait de façon importante la balance fréquentielle de votre morceau).

Un bémol quand même : il n’y a pas de règle absolue ici. Si un effet sur le buss master fait partie de votre son et que le retirer dénature complètement le morceau, gardez-le. L’objectif, c’est de donner à l’ingénieur de mastering le mix le plus représentatif de votre intention artistique, pas un mix “nu” à tout prix. Mais n’hésitez pas dans ce cas à le mentionner à l’ingé son, pour qu’il puisse vous guider en fonction de sa façon de travailler.

Attention à ne pas trop compresser vos pistes individuelles

Petit point bonus qui mérite d’être mentionné : la façon dont vous compressez vos pistes pendant le mixage a aussi un impact sur le mastering.

Si vous compressez très fortement chaque piste, la plage dynamique globale du morceau va s’en retrouver réduite, et le morceau risque de moins “respirer”.

Un morceau avec une bonne plage dynamique sonne souvent mieux, même si ça implique qu’il sonnera moins fort au départ.

Le problème, c’est que si le mix est déjà très compressé en amont, ça devient une contrainte pour le mastering : l’ingénieur ne pourra pas vraiment redonner de la dynamique à quelque chose qui a déjà été écrasé.

Ceci dit, ça reste une question de goût et de style musical (un morceau de metal ou d’électro dense n’a pas les mêmes besoins qu’un morceau acoustique).

Mais le truc vraiment important à comprendre, c’est que même si le mixage y contribue, c’est in fine le rôle du mastering d’apporter le volume commercial final via l’utilisation de limiteurs ou d’autres outils.

Comment transmettre votre fichier

Une fois votre export réalisé (24 bits ou plus, bonne fréquence d’échantillonnage, silence en début/fin, buss master nettoyé, pas de clipping), il ne reste plus qu’à transmettre le fichier.

Si le fichier est un peu lourd (ce qui est souvent le cas en 24 bits), passez par un service comme Google Drive ou WeTransfer plutôt que d’essayer de l’envoyer par email.

Et en cas de doute sur n’importe quel point évoqué dans cet article, n’hésitez pas à contacter directement votre ingénieur de mastering avant l’envoi. Ça évite les allers-retours, et ça vous assurera également d’un rendu final le plus qualitatif possible.

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Si après avoir lu cet article vous préférez confier le mastering de votre morceau à quelqu’un d’expérimenté plutôt que de le faire vous-même, c’est justement mon travail 🤗 !

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De mon côté, la seule chose que je vous demande, c’est de respecter les points évoqués dans cet article (format, pas de clipping, buss master nettoyé). Le reste, je m’en occupe.

Et si au contraire vous êtes plutôt en mode DIY et que vous voulez apprendre à masteriser vos morceaux vous-même, j’ai mis toute mon expérience d’ingénieur mastering dans une formation complète sur le sujet :

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