Qualité sonore - 9
Fonctionnalités / Fabrication - 9
Rapport Qualité/Prix - 9.5
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Woodbrass
POUR
La qualité de fabrication, les nombreuses fonctionnalités créatives, les options d'intégration avec le monde extérieur (dont notamment les deux sorties CV Mod)
CONTRE
La sérigraphie bleue pas trop à mon goût... mais je chipote un peu
Le KeyStep fait partie de ces claviers devenus assez incontournables au fil des années, en particulier pour les musiciens qui travaillent dans des environnements hybrides, entre ordinateur, synthétiseurs hardware et parfois même modulaire.
Avec le KeyStep 37 Mk2, Arturia propose une nouvelle mouture d’un concept déjà bien établi, qui s’inscrit clairement dans la dynamique de renouvellement de sa gamme de contrôleurs. J’avais d’ailleurs récemment testé dans ces pages le KeyLab 88 Mk3, et on retrouve ici la même volonté de modernisation, aussi bien sur le plan du design que des fonctionnalités.
Dans cet article, vous découvrirez donc ce que vaut le KeyStep 37 Mk2, notamment via une mise en lumière de ce qu’il apporte concrètement à l’usage — au-delà de la simple fiche technique.
À noter également que la majorité des points abordés s’appliquent, dans une certaine mesure, au KeyStep Mk2 au format standard, les deux modèles partageant une philosophie et une base fonctionnelle très proches.

Premières impressions & Qualité de fabrication
Dès l’ouverture de la boîte, on retrouve ce que Arturia fait depuis plusieurs années : un packaging minimaliste mais soigné, sans surenchère de carton ni artifices inutiles.
Une fois le clavier en main, la première impression est assez claire : c’est relativement léger, mais ça ne fait pas “jouet”.
Le châssis est en plastique blanc, dans la continuité de ce que la marque propose déjà sur d’autres contrôleurs comme le MiniLab mk3 que j’avais testé précédemment.
On est sur un plastique qualitatif, qui ne marque pas excessivement sous les doigts et qui inspire une solidité suffisante pour un usage home studio ou nomade. Ce n’est évidemment pas du métal, mais dans cette gamme de prix et ce format, le compromis est plus que cohérent.
Côté design, le KeyStep 37 Mk2 s’inscrit clairement dans la logique de modernisation de la gamme.
L’esthétique est propre, lisible, et parfaitement alignée avec celle du KeyStep Mk2. Rien de surprenant donc, mais une identité visuelle bien assumée.
Il y a toutefois un point plus discutable, et là on est clairement sur du subjectif : le bleu utilisé pour la sérigraphie des fonctions alternatives des différents boutons. Personnellement, je ne suis pas totalement convaincu. Ça donne un léger côté “cheap” qui tranche avec le reste du produit. Cela dit, il faut être honnête : tout est bien pensé et bien aligné, il n’y a aucun problème de lisibilité ou d’ergonomie. C’est plus une question de goût qu’autre chose, je pense…
Ce qui ressort assez vite également, c’est que malgré ses 37 touches, le clavier reste très compact. Arturia a clairement optimisé l’espace. Certains regretteront sans doute l’absence de vraies molettes de pitch et de modulation, mais dans les faits, le ruban tactile remplit correctement son rôle car ce n’est pas un clavier dédié à la base aux solos endiablés. L’adaptation se fait assez naturellement, et le gain de place reste appréciable.
Enfin, ces 37 touches justement sont bien sûr des slim keys : ce n’est pas pensé pour jouer du piano classique, mais c’est très bien pour jouer sur des synthétiseurs analogiques ou numériques. On notera au passage la présence de l’aftertouch qui reste certes assez basique dans la sensation de jeu (ce qui est normal au vu des dimensions, je trouve) mais reste une fonctionnalité bienvenue.

Arpégiateur et séquenceur
Bien sûr, le KeyStep 37 Mk2 peut tout à fait être utilisé comme un clavier MIDI classique. Mais ce serait passer à côté d’une bonne partie de l’intérêt de la machine. Comme souvent chez Arturia, on a ici accès à toute une série de fonctionnalités orientées composition, performance et jeu créatif, avec en premier lieu l’arpégiateur et le séquenceur.
L’arpégiateur
Commençons par le plus simple : l’arpégiateur, dont l’implémentation est particulièrement réussie.
On peut travailler sur des arpèges allant jusqu’à 64 notes, en s’appuyant sur les boutons d’octave du clavier. Le nombre d’octaves couvertes est réglable de 1 à 4, comme beaucoup d’autres paramètres, via la touche Shift.
Concrètement, vous appuyez sur Shift, puis vous sélectionnez l’option souhaitée grâce à la sérigraphie bleue indiquée directement sur le clavier.
Par exemple, pour jouer sur trois octaves, il suffit de faire Shift + la première touche Ré du clavier.
Une fois qu’on a compris la logique, c’est franchement intuitif.
Côté modes, on dispose de 16 modes d’arpèges différents. On retrouve les grands classiques, mais aussi quelques variantes un peu plus originales, ce qui rend l’ensemble très complet. Évidemment, il est possible d’ajuster la division rythmique, et d’ajouter du swing.
Pour cela, il suffit de maintenir le bouton Métronome enfoncé afin d’accéder à un petit menu dédié.
Là encore, c’est rapide à prendre en main et bien pensé.
Au passage, on note une nouveauté sur ce KeyStep 37 Mk2 : la présence de petites LED au-dessus des touches. Au premier abord, ça peut sembler gadget, voire purement décoratif.
Mais à l’usage, on se rend compte que c’est à la fois agréable visuellement et réellement utile. En fonction des motifs joués, ces LED permettent de mieux comprendre ce qui se passe, surtout lorsque les arpèges deviennent un peu plus complexes.
Le séquenceur
En complément de l’arpégiateur, le clavier embarque un séquenceur permettant de programmer des motifs de notes. Et ici, on monte clairement d’un cran en termes de possibilités.
On a accès à un total de 64 séquences, réparties sur 4 banques contenant chacune 16 patterns. Chaque pattern pouvant aller jusqu’à 64 notes, cela laisse pas mal de marge pour construire des phrases musicales évolutives.
Gros point fort par rapport à beaucoup de séquenceurs intégrés dans ce type de contrôleurs : ici, le séquenceur est polyphonique.
Là où de nombreux modèles se limitent à une note par step, le KeyStep 37 Mk2 permet jusqu’à 8 notes par step. Concrètement, cela ouvre la porte à des patterns d’accords, et pas seulement à des lignes monophoniques.
Autre fonctionnalité particulièrement intéressante : la possibilité de chaîner les motifs entre eux de manière programmable. C’est un vrai plus pour le live ou les sessions de jam, puisqu’on peut préparer à l’avance un enchaînement de patterns sans avoir à intervenir constamment.
Mais ce n’est pas tout !
Le séquenceur permet également de faire de l’overdub afin d’ajouter ou compléter des notes après coup, de modifier le nombre de steps d’un pattern, de quantifier les séquences enregistrées plus ou moins fortement, ainsi que d’accéder à différentes fonctions d’édition. On est clairement face à un outil plus abouti que ce que l’on trouve habituellement sur un simple clavier maître de ce format.
Dans l’ensemble, arpégiateur et séquenceur forment un duo très solide, qui donne au KeyStep 37 Mk2 une vraie personnalité et le rend particulièrement intéressant dès qu’on sort du simple rôle de contrôleur MIDI basique.

Autres fonctionnalités intéressantes
Il y a clairement beaucoup de choses à dire sur ce clavier, au point qu’il serait facile de se contenter d’en reprendre le manuel point par point.
Ce n’est pas l’objectif ici : je préfère me concentrer sur deux fonctionnalités bien précises, qui me semblent particulièrement intéressantes à l’usage et qui peuvent réellement influencer votre manière de composer ou de jouer.
Fonction Mutate
La fonction Mutate dispose d’un bouton dédié, situé en haut à gauche du clavier.
Son principe est simple, mais particulièrement efficace en pratique.
Lorsque vous jouez une séquence ou un arpège, un appui bref sur ce bouton génère une légère variation du motif en cours.
À l’inverse, un appui prolongé provoque une modification beaucoup plus marquée des notes.
L’intérêt, c’est que même lorsque la variation est importante, l’algorithme est suffisamment bien conçu pour conserver une sorte d’identité du motif de départ. On ne se retrouve pas avec quelque chose de totalement hors sujet, mais plutôt avec une évolution logique du pattern initial.
C’est typiquement le genre de fonction qu’on peut utiliser pour sortir rapidement d’une boucle trop répétitive, sans avoir à tout reprogrammer manuellement : on imagine tout de suite une utilisation potentielle en live, ou bien pour produire des happy accidents lors de la composition.
Gros point positif : en utilisant les 4 potentiomètres présents sur le clavier (et absents sur la version 32 touches), le comportement du mode Mutate peut être ajusté vraiment finement.
En effet, vous avez ainsi accès à quatre réglages permettant d’ajuster la probabilité, le niveau d’aléatoire, la polyphonie et la densité des notes générées — ce qui permet de garder la maîtrise sur les variations proposées et offre une flexibilité vraiment appréciable à l’utilisation.
Fonction Scale
Par ailleurs, une autre fonction intéressante est la fonction Scale.
Celle-ci permet comme son nom l’indique de définir une gamme, à la fois en termes de type (majeur, mineur, etc.) et de fondamentale. Cette définition peut s’appliquer globalement au morceau, mais aussi à un pattern spécifique, ce qui offre une vraie souplesse à l’utilisation.
Une fois le mode Scale activé, le clavier corrige automatiquement les notes jouées qui ne font pas partie de la gamme sélectionnée. En pratique, cela sécurise énormément le jeu, notamment en situation de live ou lors de phases d’improvisation.
L’information est d’ailleurs renforcée visuellement grâce aux petites LED au-dessus des touches, qui indiquent si une note jouée a été corrigée ou non.
On pourra toutefois regretter l’absence (à ma connaissance !) d’une option permettant d’afficher directement toutes les notes appartenant à la gamme, plutôt que de simplement corriger celles qui n’en font pas partie. Dans une logique d’apprentissage, notamment pour des débutants, cela aurait pu être encore plus pertinent.
Un point très positif en revanche, c’est que cette fonction ne se limite pas au jeu en temps réel.
Le choix de la gamme peut également se faire a posteriori, afin de transformer un pattern existant pour le rendre compatible avec une autre tonalité ou une autre gamme.
Par exemple, un motif initialement programmé sans contrainte peut être “recalculé” pour fonctionner dans une gamme mineure différente, sans avoir à reprendre l’intégralité de la séquence note par note.

Connectivité et intégration
Le KeyStep 37 Mk2 ne se limite clairement pas à un simple rôle de clavier maître USB.
Une fois intégré dans un setup un peu plus large, on se rend vite compte qu’il a été pensé pour dialoguer avec d’autres machines — ce qui implique qu’il s’intégrera aisément dans de nombreuses configurations.
Connectiques disponibles
Avant tout, on est bien face à un clavier MIDI, alimenté classiquement via une connexion USB-C. À ce niveau-là, rien de surprenant, mais on appréciera la présence d’un véritable bouton on/off à l’arrière, ce qui reste encore trop rare sur ce type de contrôleur.
Là où les choses deviennent plus intéressantes, c’est sur la quantité et la variété des autres connectiques disponibles, qui permettent au clavier de prendre une place assez centrale dans un setup.
On trouve ainsi des entrées et sorties MIDI au format DIN standard, ce qui permet de piloter directement des synthétiseurs ou des boîtes à rythmes sans passer par un ordinateur.
Une entrée pour pédale sustain ou expression est également présente. Comme plusieurs comportements sont possibles selon le type de pédale utilisé, l’ensemble est entièrement paramétrable dans les réglages internes de l’appareil.
Le KeyStep 37 Mk2 dispose aussi de connexions Sync in et Sync out, typiquement dédiées à la gestion de la clock, ce qui facilite l’intégration bien sûr.
Et enfin, on retrouve quatre sorties CV distinctes : Gate, Pitch, Mod 1 et Mod 2. C’est évidemment idéal pour piloter des synthétiseurs modulaires ou semi-modulaires, et ça confirme clairement l’orientation très “hardware friendly” du clavier.
Modulations et intégration
Côté contrôle, le clavier est équipé de quatre potentiomètres rotatifs (absents sur la version plus petite du KeyStep, notez-le bien).
Ils peuvent servir à piloter certains paramètres internes, notamment liés à l’arpégiateur ou au séquenceur, mais ils prennent surtout tout leur sens dès qu’on commence à les utiliser pour contrôler des éléments externes.
Ces quatre potentiomètres sont associés à quatre banques de contrôle (A, B, C et D), ce qui permet de gérer jusqu’à seize paramètres différents au total via des messages MIDI CC. Le numéro de chaque CC est bien sûr entièrement paramétrable, soit directement depuis le clavier, soit via le logiciel Arturia MIDI Control Center, que l’on connaît désormais bien pour la personnalisation des machines de la marque Arturia.
Mais ce n’est pas tout. Grâce à de simples combinaisons de touches utilisant le bouton Shift, il est également possible de définir le type de modulation envoyé vers les sorties CV Mod 1 et Mod 2.
Les possibilités sont nombreuses : vélocité, aftertouch, bande de modulation (équivalent d’une modwheel), signal aléatoire, pulse, mais aussi LFO et deux types d’enveloppes.
Cela commence à faire beaucoup d’options pour un clavier de ce format, et il ne serait d’ailleurs pas surprenant que de nouvelles possibilités viennent s’ajouter via de futures mises à jour.
Au final, l’intégration avec l’extérieur est donc particulièrement réussie.
On se retrouve avec un contrôle et des possibilités de modulation très poussés, accessibles depuis un petit clavier 37 touches, fin et discret, simplement posé sur un bureau, mais capable de piloter un setup bien plus ambitieux qu’il n’y paraît au premier regard.
Conclusion
Pour moi, le KeyStep 37 Mk2 est clairement un très bon contrôleur. Il réussit le pari d’être à la fois compact et particulièrement riche en fonctionnalités, sans tomber dans l’excès inutile ou la surenchère.
On apprécie notamment le fait que la prise en main reste assez directe. Oui, il y a des menus accessibles via le petit écran, mais le menu diving reste limité. La majorité des fonctions importantes sont accessibles rapidement, avec une logique cohérente.
Bien sûr, lire le manuel permet d’en exploiter toutes les possibilités, mais même sans cela, le clavier reste intuitif et agréable à utiliser.
Au final, il remplit parfaitement son rôle de clavier MIDI « augmenté », capable de s’intégrer dans des configurations bien plus larges qu’un simple pilotage de synthé logiciel.
Il conviendra sans difficulté aussi bien aux musiciens disposant déjà de matériel hardware, qu’il s’agisse de synthétiseurs classiques ou de systèmes modulaires, qu’aux producteurs travaillant principalement sur ordinateur.
Pour ces derniers, c’est d’ailleurs une option particulièrement pertinente s’ils cherchent un clavier 37 touches à un tarif raisonnable, avec la possibilité d’évoluer plus tard vers un setup hardware plus conséquent, sans avoir à changer de contrôleur.