EQ et Compression : Dans Quel Ordre ?

S’il y a une question de mixage que j’entends souvent, c’est bien celle de l’ordre des plugins de compression et d’égalisation.

Autrement dit, faut-il placer son EQ avant le compresseur, ou bien après ?

Je vais être franc : il n’y a pas vraiment de réponse, car chaque producteur ou ingénieur du son le fait un peu à sa sauce. Il n’y a donc pas de méthode unique et infaillible.

Cependant, il est important de comprendre ce que change la position de l’égaliseur par rapport à celle du compresseur dans une chaîne de plugins. Et c’est ce que je vais vous expliquer dans cet article (avec en bonus, à la fin, une description de la technique que j’utilise le plus souvent).

Le problème de l’EQ avant le compresseur

Si vous avez l’habitude de mettre votre EQ en premier, c’est peut-être une mauvaise idée. Vous allez comprendre pourquoi.

Un compresseur positionné après un égaliseur

Un compresseur se déclenche lorsque le niveau du signal dépasse le seuil (threshold en anglais) fixé. En d’autres termes, si vous fixez un threshold à -20 dbFS et que votre signal monte à -10 dBFS, alors il sera compressé car il aura excédé le seuil. (Si ça ne vous parle pas trop, n’hésitez pas à jeter un œil à mon guide du débutant sur la compression. 😉 )

En gardant cela en tête, imaginez que vous placez un EQ juste devant et que vous boostez une bande de fréquences.

Que va-t-il se passer ?

Tout simplement, le niveau du signal sortant de l’égaliseur sera plus élevé (puisque vous boostez). S’il est plus élevé, il va donc dépasser plus souvent le threshold que vous avez fixé sur votre compresseur.

La compression sera donc plus forte.

Plusieurs problèmes sont alors possibles suivant les réglages de vos plugins :

  • Problème de Dynamique : Le son peut devenir moins naturel car moins dynamique (c’est normal, il est plus compressé)
  • Masquage de Fréquences : Si la bande de fréquences que vous avez boostée devient trop présente, les autres fréquences risquent de « disparaître ». Il s’agit d’un phénomène psychoacoustique lié au fait que nos oreilles ont tendance à se concentrer sur les sons les plus forts.
  • Augmentation du niveau de certaines bandes non souhaitées : à cause de la compression désormais trop forte, il est possible que certaines bandes de fréquences s’en trouvent renforcées. Par exemple, des grondements/bruits dans les basses ou bien les grésillements aigus d’un ampli de guitare.

Vous l’avez compris, cet ordre « EQ puis Compression » est potentiellement générateur de problèmes — je vous conseille de l’éviter tant que vous pouvez, et surtout si vous débutez dans le mixage.

Et si on met l’EQ après le compresseur ?

Là, tout change : nous ne sommes plus confrontés aux difficultés mentionnées ci-dessus.

Un égaliseur positionné après un compresseur

C’est d’ailleurs une option qui est souvent utilisée, car elle est plus simple et surtout donne un son plus naturel :

  1. On compresse le son
  2. On corrige les fréquences dont on ne veut pas et/ou on met en évidence celles que l’on apprécie

L’égaliseur n’a alors plus aucune influence sur le comportement du compresseur.

Par contre, les éventuels problèmes que vous souhaitiez corriger avec votre EQ vont peut-être ressortir un peu plus, puisque les fréquences correspondantes auront été compressées.

Astuce : Notez au passage que cette configuration permet de contrôler le caractère du compresseur. En effet, certains compresseurs vintages (hardware ou plugins) ont tendance à moduler les fréquences de façon plus ou moins subtile. Placé à la suite, votre EQ vous laissera ainsi corriger cette coloration.

Une troisième option…

En ce qui me concerne, toutefois, je préfère souvent adopter une troisième stratégie, que je trouve plus flexible et un peu plus logique.

Il s’agit d’utiliser deux égaliseurs au lieu d’un seul. L’un sera placé avant le compresseur, et l’autre après.

Comme ceci :

Un compresseur entre deux égaliseurs

Le premier EQ va servir à effectuer des corrections soustractives, c’est-à-dire uniquement en retirant des fréquences. La plupart du temps, il s’agit d’ajouter un filtre passe-haut et de réaliser quelques corrections chirurgicales si des fréquences me déplaisent.

Ainsi, lorsque le signal va arriver ensuite dans le compresseur, il sera « propre ». Autrement dit, le compresseur ne risquera pas d’augmenter le niveau de bandes de fréquences non souhaitées car elles auront déjà été atténuées !

Il ne se déclenchera donc que pour compresser la partie utile du signal.

Enfin, le deuxième égaliseur, situé juste après, permettra de gérer la couleur du son en intensifiant certaines fréquences de façon large et musicale.

Avec cette configuration, vous aurez donc toute la flexibilité nécessaire pour égaliser et compresser votre signal comme vous le souhaitez, en minimisant l’apparition de problèmes lors du mixage.

En résumé

En somme, pour synthétiser les explications de cet article :

  • EQ avant Compression : Plutôt risqué, sauf si vous savez exactement ce que vous faites
  • EQ après Compression : Souvent préférable et le plus facile à régler
  • EQ – Compression – EQ : Solution plus flexible qui combine les points positifs des deux premières

Au final, c’est à vous de juger à chaque fois quelle méthode va vous apporter les meilleurs résultats. Parfois, l’une fonctionnera parfaitement alors que l’autre vous décevra. Parfois, ce sera l’inverse.

Mais en gardant en tête les éléments de cet article, vous pourrez choisir l’ordre de vos plugins beaucoup plus facilement ! 🙂

(Au passage j’en profite : si vous êtes à la recherche de plugins gratuits, n’hésitez pas à regarder mes listes d’égaliseurs ou de compresseurs.)

4 thoughts on “EQ et Compression : Dans Quel Ordre ?

  1. Bruno Reply

    Généralement, je fais EQ avant la Compression, mais il s’agit seulement d’un EQ soustractif.

    La raison est que je ne compresse pas nécessairement toute les pistes d’une session. Seulement l’essentiel (batterie, basse et voix) et le reste, je vois selon la balance de volume.

    EQ-Comp-EQ je fais ça en masterisant la chanson.

    • Adrien Post authorReply

      Oui, bonne idée pour la mstering.

      Effectivement, par défaut, il ne faut compresser que ce qui le demande – souvent un simple EQ ou même un ajustement du niveau suffit 🙂

  2. Pihahuna Teaiki Reply

    Bravo ! Je viens de découvrir ton blog. J’habite en Polynésie et chez nous, notamment aux îles Marquises d’où je suis originaire (là où sont enterrés Brel et Gauguin ), nous avons des gros tambours aux sons très profonds et lourds et il est vrai que les preneurs de son locaux n’arrivent pas toujours à faire ressortir la tonalité de chaque son . Je parle ici de la prise de son, mais parcontre, cela touche de près les équaliseurs et compresseurs. Aurais-tu une technique de prise de son particulière à me conseiller et de matériels adaptés ? Je te remercie depuis Tahiti. Mauruuru

    Teaiki PIHAHUNA

    • Adrien Post authorReply

      Bonjour,

      Question intéressante 🙂 Tout d’abord, j’imaginerais utiliser plutôt des microphones statiques à petit diaphragme (type Oktava mk02). Par ailleurs, pour capter le punch je pense qu’il ne faudra pas nécessairement faire des prises trop proches du tambour.

      On pourrait par exemple imaginer :
      – un micro en prise rapprochée (peut-être un dynamique type EV RE20)
      – un micro en prise plus distante, qui pourra tout à fait capturer le punch mais en le replaçant dans le contexte de la pièce.

      N’hésitez pas à vous déplacer d’abord dans la pièce pour identifier où cela sonne le mieux, puis positionnez le microphone exactement où vous êtes. Ajustez ensuite.

      Bien cordialement,

      Adrien

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